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« Un besoin de compétences sans précédent dans la métallurgie d’ici à 2025 »

L’exposition « Usine extraordinaire » ouvrira ses portes du 22 au 25 novembre au Grand Palais. L’occasion pour Hubert Mongon, délégué général de l’UIMM La Fabrique de l’Avenir, de revenir sur les grandes problématiques de recrutement que connaît la métallurgie actuellement.

Publié le  22/11/2018

L’exposition « Usine extraordinaire », dont l’UIMM La Fabrique de l’Avenir est partenaire, vise à la fois à revaloriser l’image de l’industrie et à susciter des vocations. En quoi ces deux enjeux sont-ils fondamentaux pour les entreprises que vous représentez ?

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. D’ici à 2025, les entreprises de la métallurgie devront procéder chaque année à 110 000 recrutements. Dans l’industrie, toutes branches confondues, le besoin sur la même période est évalué à 225 000 recrutements par an.

C’est une situation tout à fait nouvelle, après une décennie de crise qui a beaucoup fragilisé le secteur. Cela fait seulement un peu plus d’un an que le nombre d’emplois créés est reparti à la hausse et que l’on peut réellement parler de reprise.

Trois phénomènes permettent d’expliquer ce retournement de tendance. La démographie tout d’abord : les départs en retraite des personnes nées dans les années d’après-guerre s’accélèrent et doivent être compensés par l’arrivée de nouveaux talents.

À cela s’ajoute la transformation d’un certain nombre de métiers traditionnels, qui nécessite des compétences nouvelles. Et enfin, des métiers entièrement nouveaux ont fait leur apparition récemment. C’est le cas des technologues, dont la mission consiste à apporter des réponses technologiques aux besoins des opérateurs au travers notamment d’outils numériques. On peut également citer les responsables cobotique, qui développent de nouvelles formes de coopération entre l’humain et la machine. Dans l’automobile et l’aéronautique, des opérateurs travaillent sur les lignes d’assemblage équipés de tablettes, et accèdent en réalité augmentée à l’ensemble des informations dont ils besoin pour réaliser leurs tâches. Tout cela n’existait pas il y a seulement trois ans.

Ces trois phénomènes conjuguent leurs effets pour créer un besoin de main-d’œuvre tel que le secteur n’en avait pas connu depuis très longtemps.

 

Il est essentiel que l’industrie suscite à nouveau des vocations parmi les jeunes et les moins jeunes.


C’est en soi une bonne nouvelle ?

C’est effectivement une très bonne nouvelle. Les carnets de commandes sont pleins. Mais c’est aussi un défi pour de nombreux chefs d’entreprise, qui ont bien du mal à trouver les candidats pour pleinement tirer parti de cette conjoncture porteuse. J’en veux pour preuve ce chiffre inquiétant : 20% d’entre eux déclarent refuser certaines commandes du fait du manque de compétences nécessaires pour pouvoir y répondre.

Il est donc essentiel que l’industrie suscite à nouveau des vocations parmi les jeunes et les moins jeunes. Et c’est tout l’intérêt d’un événement comme L'Usine extraordinaire de contribuer à diffuser ce message que nous ne cessons de porter à l’UIMM La Fabrique de l’Avenir : l’industrie recrute, l’industrie forme ses collaborateurs et les accompagne tout au long de leur carrière pour s’épanouir et progresser dans leur métier.

 

L’industrie pâtit-elle selon vous d’un problème d’image, et cela peut-il expliquer ces difficultés de recrutement ?

Il est certain que de nombreux stéréotypes persistent à propos de nos métiers. L’industrie garde cette image d’un secteur qui ne recrute pas et offrant peu de possibilités de carrière. Concernant le premier point, on voit bien qu’il ne correspond plus à aucune réalité : l’industrie recrute et continuera à recruter massivement au cours des prochaines années. Concernant le second, il faut là encore rétablir les faits et rappeler que la mobilité interne dans l’industrie est très forte.

On y constate de plus très peu de turnover. Cela s’explique en partie par le niveau des salaires, qui sont supérieurs de 13% en moyenne à ceux constatés dans les autres secteurs, mais aussi par le fait que le CDI reste la norme. C’est particulièrement vrai dans la métallurgie, où 92% des salariés sont en CDI.

Autre point qu’il faut souligner : de gros efforts sont consacrés à la formation pour permettre aux collaborateurs de progresser tout au long de leur vie. Cela commence dès la formation initiale. L’UIMM La Fabrique de l’Avenir accueille chaque année dans les 130 sites de ses 40 Pôles formation plus de 40 000 jeunes en alternance.

Nous prévoyons d’ailleurs d’intensifier nos efforts : les effectifs devraient progresser de 50% au cours des cinq prochaines années. Nous sommes également très actifs sur la formation des demandeurs d’emplois, dont 15 000 sont directement formés dans nos centres à des métiers qui recrutent. Et bien sûr, la formation continue occupe une place très importante.

Avec près de 4% de la masse salariale consacré à la formation des salariés, les entreprises de la métallurgie font bien plus que respecter leurs obligations légales dans ce domaine. Les métiers évoluant sans cesse, elles forment leurs personnels en conséquence. Cela ne fera que s’accentuer avec les changements technologiques en cours.

 

L’UIMM La Fabrique de l’Avenir a récemment signé une convention de partenariat avec Pôle emploi. Cette convention peut-elle contribuer à mieux identifier les talents dont l’industrie aura besoin au cours des prochaines années ?

C’est notre objectif. Nous partageons avec Pôle emploi l’idée qu’il faut attirer dans l’industrie des profils différents, l’absence d’expérience industrielle pouvant être palliée par d’autres qualités. On y parviendra d’une part en montrant ce qu’est l’industrie aujourd’hui, et en identifiant chez les candidats ces qualités nécessaires pour réussir : l’attention, la rigueur, la capacité de mémorisation, pour n’en citer que quelques-unes.

La méthode de recrutement par simulation (MRS) développée par Pôle emploi, dont je suis un adepte de la première heure, est un formidable outil pour y parvenir. Je n’ai donc aucun doute quant au fait que notre collaboration, au travers des dispositifs mis en place, contribuera efficacement à relever ce défi des compétences qui est le nôtre aujourd’hui.

 

 

En savoir plus :

Le site de l'UIMM

Le site de l'Usine extraordinaire

 

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