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« Sur les métiers de bouche, on recherche des collaborateurs toute l’année »

Les métiers de bouche englobent toute activité professionnelle impliquant la préparation des mets destinés à l’alimentation humaine, qu’ils soient élaborés chez un artisan ou dans la grande distribution. Il s’agit de véritables viviers d’emplois, et pourtant, les métiers de bouche peinent à recruter. Anne-Laure Poquet, Directrice Emploi, Recrutement et Mobilité France pour le groupe Carrefour, revient sur ce paradoxe.

Publié le  19/12/2019

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Combien le groupe Carrefour emploie-t-il de personnes sur les métiers de bouche ?

Anne-Laure Poquet : Chez Carrefour, les métiers de bouche représentent 20% des effectifs, soit un peu plus de 12000 collaborateurs en hypermarchés, et 7000 en Carrefour Market. Notre ambition étant de devenir le leader de la transition alimentaire pour tous, ce sont des métiers sur lesquels nous recrutons beaucoup. Nous avons recruté 500 collaborateurs l’année dernière, rien que sur les rayons boucherie, boulangerie pâtisserie et poissonnerie. Nous allons continuer à embaucher. 

 

Quels profils recherchez-vous ?

A-L.P. : Nous avons énormément besoin de main-d’œuvre dans tous les métiers de bouche, mais là où nous observons une véritable pénurie, ce sont les métiers de boucher et de boulanger. Ceux-ci nécessitent un diplôme. Nous recherchons donc des personnes diplômées pour ces rayons. Cependant, tous ces métiers ne requièrent pas forcément un diplôme. Typiquement, sur les rayons fruits et légumes ou charcuterie-fromage, on n’a pas besoin de diplôme, et on y recherche aussi de nouveaux collaborateurs toute l’année. 

 

Les « soft skills » constituent de plus en plus le socle principal des compétences clés recherchées lors du « sourcing » de candidats.


Sur quels critères évaluez-vous les candidats ?

A-L.P. : Les « soft skills » constituent de plus en plus le socle principal des compétences clés recherchées lors du « sourcing » de candidats, mais aussi lors de l’évolution de nos collaborateurs. Ces compétences, que nous appelons également savoir-être, sont détectées en entretien de recrutement lors de l’échange avec le recruteur, qui est formé à les identifier et les évaluer.
Nous évaluons également les compétences techniques, que nous appelons savoir-faire, tels que les gestes professionnels liés aux métiers de bouche par exemple. Ces compétences nécessitent, quant à elles, un apprentissage, soit scolaire, soit via une formation. Elles sont évaluées par un questionnement plus pratique sur le geste à effectuer et peuvent faire l’objet d’une mise en situation concrète afin de l’observer et de l’évaluer.
Pour les métiers nécessitant peu de qualification comme un employé de rayon, nous pouvons recruter via la Méthode de Recrutement par Simulation (MRS) proposée par Pôle emploi afin d’évaluer les compétences de classement, de rapidité, de dextérité in situ. 
 

Carrefour utilise-t-il des algorithmes pour trier les candidats ?

A-L.P. : Nous utilisons du « scoring » de CV pour les métiers en magasin. Cela consiste à poser quelques questions aux candidats, comme par exemple sur les conditions d'exercice du métier, nous permettant d’affiner la sélection des profils selon leur réponse.
Sur notre site de recrutement, les candidats disposent d’un chatbot [agent conversationnel], ainsi que de notre outil « CV catcher » pour aider les candidats à trouver l'offre qui correspond le plus à leur recherche ou à leur profil, à partir du téléchargement de leur CV.
 

Comment le groupe parvient-il à attirer, puis à garder les candidats ?

A-L.P. : Nous collaborons avec de nombreux partenaires en faisant des présentations métiers, des visites magasin et en permettant d'échanger avec nos collaborateurs.
Nous proposons souvent des stages de découverte et si l’immersion a donné satisfaction, nous pouvons accompagner les candidats en leur proposant aussi bien des contrats en alternance – quand le candidat a besoin d'une période de formation pour acquérir certaines compétences techniques – que des emplois à durée déterminée et indéterminée.   
 

Le groupe Carrefour met-il en place des formations pour mieux recruter ?

A-L.P. :  Tout à fait. Par exemple, nous formons des apprentis en partenariat avec des CFA ou des écoles spécialisées. Nous serions prêts à en recruter 700 dès l’année prochaine. Nous avons également un partenariat avec les Restos du Cœur, les Tremplins du Cœur, un projet d’insertion progressive qui permet de former les bénéficiaires de l’association au métier de boucher. Ils suivent un contrat de professionnalisation de douze mois, à l’issue duquel ils obtiennent un certificat de qualification professionnel sur la boucherie. Ces programmes sont mis en place une à deux fois par an, pour des sessions d’une dizaine de personnes. 

 

Ces métiers sont d’avenir.


On peut faire carrière dans les métiers de bouche ?

A-L.P. :  Oui, clairement. Aujourd’hui, les clients réclament de plus en plus d’information sur les produits, pour se renseigner sur leurs origines, leur préparation, la manière de les cuisiner… Nous avons besoin de ces métiers dans nos magasins. Ils ne sont pas du tout amenés à disparaître, au contraire. Nos collaborateurs détiennent une expertise indispensable. Cette maîtrise du produit qu’ils vendent contribue à la qualité du service client que nous recherchons chez Carrefour. Alors, oui, ces métiers sont d’avenir, et on peut faire carrière chez Carrefour. De nombreux collaborateurs ont évolué au sein de l’entreprise. Ils ont commencé par un métier de bouche, sont passés managers, voire directeurs de magasin, d’autres ont même accédé à des fonctions au siège après leur expérience en magasin. 

 

Comment expliquez-vous que vous ayez du mal à embaucher ?

A-L.P. : En réalité, les métiers de bouche pâtissent d’une désaffection chronique, depuis une vingtaine d’années. De moins en moins de candidats ont été formés, d’où la pénurie sur le marché. Depuis quelques années, il y a quand même une volonté de rendre leurs lettres de noblesse à ces métiers. Parallèlement, de plus en plus de personnes prennent conscience qu’il y a de réels débouchés sur ces métiers. Nous essayons donc de sensibiliser au maximum, de présenter les parcours que nous proposons chez Carrefour, nous faisons des visites magasin pour décrire les parcours de nos collaborateurs…C’est ce qui permet de susciter des vocations. 

 

Travaillez-vous avec Pôle emploi en ce sens ?

A-L.P. : Nous sommes partenaires depuis vingt ans. Nous faisons énormément de présentations lors de sessions auprès de personnes inscrites à Pôle emploi, lors desquelles des membres de nos effectifs vont leur présenter leur métier, leur parcours… Nous repérons également les profils Pôle emploi qui nous paraissent intéressants. Nous travaillons sur du  « sourcing », et de la sensibilisation. Et puis, 100% de nos offres sont publiées sur Pôle emploi. 

 

Les passionnés du goût

 

Dès le 7 janvier prochain, Pôle emploi vous proposera de découvrir plusieurs métiers de bouche emblématiques en vidéo sur sa chaîne YouTube. Le YouTubeur FlorianOnAir partira à la rencontre d’un pâtissier, d’un sommelier ou encore d’un fromager : il se mettra dans leur peau toute une journée, des courses à Rungis au service à table, en passant par la cuisine, bien entendu… L’occasion de découvrir le quotidien de tous ceux qui exercent un métier de bouche : chaque vidéo sera accompagnée d’une fiche-métier, d’informations sur le marché du travail correspondant et d’offres d’emplois disponibles via pole-emploi.fr.  

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