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«L’offre et la demande se sont inversées en faveur du candidat», les nouveaux enjeux du recrutement

21.04.2016

Le 6 avril dernier, dans le cadre des « Journées européennes de employeurs », Pôle emploi organisait à Paris un club RH centré sur les pratiques de recrutement en Europe et avait convié pour l’occasion trois entreprises – BNP Paribas, Colas et Suez - à témoigner devant une trentaine de décideurs RH de leurs pratiques et des difficultés qu’ils rencontrent parfois, en France et dans d’autres pays d’Europe.

En France, pour retrouver un emploi, 2/3 des chômeurs sollicitent Pôle emploi

Comment les européens recherchent-ils un emploi, et comment les entreprises recrutent-elles dans les différents pays ? C’était en substance la question à laquelle a tenté de répondre Yannick Fondeur, du Centre d’études de l’emploi, en introduction de ce club RH. Parmi les nombreuses informations présentées par le chercheur, on retiendra que dans leur recherche d’emploi, les européens ne mobilisent pas de la même manière les différents canaux (annonces, réseau relationnel, réseaux sociaux professionnels, candidatures spontanées…) et n’ont pas les mêmes liens avec leur service public de l’emploi : les chômeurs français sont assez nombreux, comparativement à d’autres pays européens, à solliciter leur service public de l’emploi pour rechercher un emploi.

Dans le détail, on constate ainsi que pour retrouver un emploi :

- En Allemagne, 90 % des chômeurs font appel à leur service public de l’emploi
- En France, ils sont 2/3 à se tourner vers Pôle emploi
- En Italie, la tendance s’inverse complètement : c’est moins du tiers des chômeurs qui sollicitent le service public de l'emploi pour retrouver un emploi.

Un constat qui peut s’expliquer de multiples manières mais amène aussi à s’interroger sur les pratiques de recrutement des employeurs : quelles sont leurs pratiques, quelles difficultés éventuelles rencontrent-ils et qu’attendent-ils des services publics de l’emploi ?

Recrutement : ce que constatent les entreprises

« Dans certains secteurs très qualifiés, la loi de l’offre et la demande s’est inversée en faveur du candidat »

C’est un constat qui a spontanément émergé : dans certains secteurs, souvent très qualifiés, dans lesquels les entreprises peinent à trouver les profils qu’elles recherchent, la hiérarchie s’est inversée : le candidat est maître du recrutement et prend toute liberté de choisir au mieux l’entreprise dans laquelle il veut travailler.

Ce constat est renforcé par un autre témoignage, selon lequel « de plus en plus de jeunes mettent fin à leur période d’essai d’eux-mêmes ». Un échec qui peut s’expliquer, selon les RH de BNP, par « une forte inadéquation entre la perception des candidats et la réalité des
postes ».

Là aussi, la logique est la même et les employeurs se voient confrontés à un défi : séduire les candidats, qu’ils soient experts confirmés ou jeunes débutants, afin qu’ils restent dans l’entreprise. Pour ce faire, les entreprises s’accordent sur la nécessité de travailler davantage sur leur « marque employeur et d’investir davantage sur l’expérience candidat.


Face à ces problématiques, les employeurs présents au club RH ont en effet témoigné de plusieurs solutions déjà en place au sein de leur entreprise, dans différents pays d’Europe, que ce soit :

  • en tentant de donner une image plus attrayante de l’entreprise sur les réseaux sociaux grands publics :
    « En Suisse, le marketing RH est très utilisé : Facebook, Twitter, Instagram. » (Groupe Colas)
  • ou en travaillant la marque employeur pour faire connaître l’entreprise auprès des profils dont elle a besoin :
    « Au Royaume-Uni, un gros travail est mené sur la marque employeur pour mieux faire connaître le groupe Colas." (Groupe Colas)
  • ou encore en accompagnant personnellement les candidats, même dans de gros groupes :
    « Nos candidats sont accompagnés dans le processus de recrutement pour bénéficier d'une approche personnalisée. » (BNP Paribas)

« On recrute encore trop sur les diplômes »

Pendant les échanges, une autre problématique a émergé : la difficulté de recruter à l’aide de schémas de recrutement parfois dépassés pour certains emplois, tels que l’exigence de certains diplômes ou d’expériences. Pour certains secteurs et métiers qui évoluent très vite, les pratiques de recrutement, qui étaient encore pertinentes il y a un an, ne le sont plus aujourd’hui.

Certains employeurs souhaitent recruter en ciblant les « habiletés » plutôt que les diplômes ou expériences, ce qui pourrait leur permettre de trouver de nouveaux profils de candidats.

Pôle emploi offre d’autres méthodes de
recrutement : la méthode de recrutement par simulation et l’Emploi store


Une proposition que Pôle emploi met déjà en place, que ce soit :

  • Via la méthode de recrutement par simulation (MRS), destinée à recruter des candidats sur leurs seules compétences, testées au préalable en situation. Cette méthode a permis
    500 000 recrutements en 20 ans
    , souvent des profils compétents qui n’auraient pas pu être recrutés sur des critères classiques (diplômes, expériences…).
  • Via l’Emploi store, qui propose des applications destinées à faciliter également les recrutements basés sur les talents plutôt que sur les diplômes. Concrètement, certaines entreprises peuvent proposer des applications type « serious game » afin de repérer les bons candidats sans nécessairement passer par la case CV !

« Recruter à l’international est parfois difficile »

Enfin, certains recruteurs ont témoigné de leurs difficultés à recruter des profils pour l’international. Une difficulté qui peut être liée, là encore, à plusieurs raisons (absence de connaissance de l’entreprise, mauvaise image du pays concerné, etc.) mais qui a pour point commun d’empêcher à certains actifs, dont des demandeurs d’emploi, de bénéficier d’opportunités intéressantes.

Ce que va faire Pôle emploi dans les prochains mois pour les recrutements à l’international

Pôle emploi dispose déjà d’un service entièrement dédié à l’international mais va aller plus loin dans les prochains mois : refonte de l’offre de service internationale et intégration d’un espace dédié à l’international sur l’Emploi store

Ces travaux permettront aux actifs recherchant un emploi à l’international et aux employeurs en besoin de candidats de faciliter leur recherche.
 

Zoom : le Club RH Pôle emploi, Kesako

Depuis 2010, des rencontres entre décideurs RH et Pôle emploi sont organisées pour mieux anticiper les évolutions du marché du travail. A ce jour, il existe un club national et 14 clubs régionaux. Près de 1 800 entreprises en sont membres (CAC40, PME, TPE…). L’objectif de ces clubs pour les entreprises est de partager les besoins en termes de recrutement et de compétences, les bonnes pratiques, les idées, les attentes… 
Ainsi, Pôle emploi reçoit les entreprises autour d’ateliers et de conférences sur des thèmes relatifs aux recrutements et aux stratégies RH. Exemples de thèmes : « Trouver vos talents »; 
« Transparence du marché du travail » ; «Une offre de service mieux différenciée en fonction des besoins de l’entreprise » ; «Virage digital, évolution des métiers, transitions professionnelles »…

 

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Difficultés de recrutement


Comment sont accompagnés les demandeurs d'emploi ?

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