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L'apprentissage, filière d'excellence ?

23.06.2016

Des apprentis de plus en plus nombreux et diplômés. Une insertion plus favorable sur le marché du travail. Une récente étude du Cereq (*) dresse un bilan plutôt flatteur de cette voie de formation en alternance.

L'apprentissage plébiscité par les étudiants…

Selon une note du Cereq de mai 2016, les apprentis représentent aujourd'hui 20 % des 700 000 jeunes sortis de formation initiale et l'apprentissage connaît ces dernières années un développement « tiré par le haut ». Ainsi, en 2010, près d'un diplômé de licence professionnelle sur trois et un sortant de grandes écoles sur cinq terminaient leur formation dans le cadre d'un contrat d'apprentissage. En 2014, sur 265 300 nouvelles entrées en apprentissage, 34 % des jeunes préparaient une formation de niveau bac + 2. Cinq ans plus tôt en 2009, ils n'étaient que 24 %. « Si une partie de ces progressions résulte d'un mouvement général d'allongement des études supérieures, elles traduisent surtout une rapide diffusion de l'apprentissage dans les parcours des étudiants », expliquent Alberto Lopez et Emmanuel Sulzer, les auteurs de l'étude. Le renforcement de l'apprentissage dans l'enseignement supérieur s'accompagne par ailleurs d'une « diversification de ses publics » (catégories socio-professionnelles supérieures, féminisation).

… Favorise l’insertion sur le marché du travail

Alberto Lopez et Emmanuel Sulzer notent qu'« en dépit des effets néfastes de la crise, les jeunes issus de l'apprentissage gardent une insertion plus favorable que ceux issus de la voie scolaire », et ce, quel que soit le niveau de diplôme. Les écarts de chômage à trois ans de vie active dans le secondaire sont d'une dizaine de points. De bac + 2 à bac + 5, cet écart entre ancien apprenti et ancien scolaire est de six points. « Pour la licence professionnelle, où se sont multipliés les effectifs dans les deux voies, précisent les auteurs, cet avantage des apprentis est une nouveauté ». Ces « écarts d'insertion » sont toutefois très variables selon le niveau de diplôme. « Les anciens apprentis de niveau CAP en 2010 sont encore confrontés à un taux de chômage de 26 %, trois ans plus tard », relèvent les auteurs. Ils s'expliquent aussi par les différences de débouchés selon les spécialités de formation. Par ailleurs, l'apprentissage « tend à se développer dans les niveaux de formation les moins exposés au risque de chômage, ainsi que dans des filières offrant déjà des débouchés plutôt favorables ».

De plus, « l'entrée en apprentissage est sélective », rappellent Alberto Lopez et Emmanuel Sulzer. « De ce fait, certaines populations, socialement défavorisées, risquent de peu bénéficier des avantages procurés par cette voie de formation ». Ainsi, selon eux, « l'accès des jeunes d'origine extra-européennes aux formations en alternance peut conduire à concentrer vers la voie scolaire des jeunes dont l'insertion professionnelle sera de facto plus difficile ». Autre inégalité pointée dans cette étude : les apprentis de licence professionnelle sont issus de catégories sociales plus favorisées que les autres étudiants en licence professionnelle.

Alors, l'apprentissage, passeport contre le chômage des jeunes ?

Selon Alberto Lopez et Emmanuel Sulzer, « l'usage, dans les politiques publiques, de l'apprentissage comme outil de lutte contre le chômage juvénile, se trouve partiellement conforté ». S'il semble réduire le risque de chômage en sortie de formation, l'apprentissage ne constitue pas pour autant un rempart contre la dégradation conjoncturelle du marché de l'emploi. Ces dernières années, l'insertion des apprentis, bien que toujours plus facile que pour les jeunes de la voie scolaire, s'est fortement dégradée et l'offre de contrats en alternance de la part des employeurs s'est raréfiée.

(*) Bref du Cereq n° 346, mai 2016

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