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« Le retour au plein emploi est une utopie réaliste »

19.01.2017

Entretien avec Jean-Baptiste de Foucauld

Né en 2008, le Pacte civique est un collectif d’associations qui a fait de la lutte contre le chômage l’une de ses priorités. L’un de ses fondateurs, Jean-Baptiste de Foucauld, ancien Commissaire au Plan, revient ici sur quelques-unes des solutions qui, combinées, permettraient de poursuivre la décrue constatée depuis quelques mois.

 

Pouvez-vous nous rappeler ce qu’est le Pacte civique et la place qu’y occupent les réflexions liées au chômage et à l’emploi ?

Le Pacte civique est un collectif qui regroupe aujourd’hui 140 associations. Il est né en 2008, en pleine crise financière, à l’initiative de personnalités et d’organisations investies de longue date dans la lutte contre le chômage et l’exclusion. Face à l’ampleur des changements que nous observions, il nous a semblé nécessaire de nous réunir autour de valeurs communes pour envisager un autre modèle de société.
Ces valeurs, ce sont à la fois des valeurs de créativité, de sobriété, de justice et de fraternité, dans un monde marqué par des inégalités croissantes, en quête de sens, où il devient vital de partager le superflu pour que chacun accède à l’essentiel. Cela implique une transformation profonde de nos comportements individuels, mais également des entreprises, des syndicats, des associations, ainsi que des politiques publiques et des institutions.
Pour aborder ce vaste chantier, nous avons défini 32 orientations qui nous semblent pouvoir tracer le chemin de ce monde post-crise que nous appelons de nos vœux. L’une d’entre elle, la 24e, vise « à faire de l’emploi de qualité pour tous, à temps choisi, une priorité nationale partagée ».

Concrètement, en quoi consiste cette proposition ?

Nous pensons que le retour au plein emploi est « une utopie réaliste », pour reprendre le titre du livre-programme que nous avons publié sur le sujet en collaboration avec la journaliste Anne Dhoquois.
Cela suppose de soutenir toutes les initiatives créatrices d’emploi, mais également de laisser davantage de place à l’expérimentation dans le cadre d’un dialogue social de qualité. C’est le choix qu’ont fait les pays d’Europe du Nord, qui sont parvenus à maintenir un niveau élevé d’emploi tout en évitant les multiples inconvénients de la dérégulation.
Nous pensons également que le temps de travail doit être librement choisi. Il ne faut donc pas pénaliser dans leur carrière ceux qui, temporairement ou non, ont fait le choix du temps partiel, d’autant que celui-ci est créateur d’emploi.
Nous proposons par ailleurs d’étendre le périmètre de l’assurance chômage en faisant cotiser les agents des trois fonctions publiques, qui ne cotisent qu’à hauteur de 1%, contre 2,4% pour les salariés du privé. Cela permettrait d’élargir le bénéfice de l’assurance chômage à de nombreuses personnes qui en sont exclues : les créateurs d’entreprises en particulier.
Enfin, nous pensons que les mouvements de chômeurs doivent s’organiser pour être davantage associés à la construction des politiques qui les concernent. Les comités de liaison, qui ont permis de mieux identifier certains dysfonctionnements, sont une bonne illustration des bénéfices de cette approche.

Pôle emploi collabore de plus en plus avec le monde associatif. Que pensez-vous de cette évolution ?

Elle est extrêmement positive. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous en avons fait le thème de notre dernière rencontre annuelle en mai 2016, Fête du travail, faites des emplois, qui avait pour titre : « Pôle emploi et l’action citoyenne face au chômage : comment faire plus et mieux ».
Les associations ne pourront jamais se substituer à Pôle emploi pour toutes les questions liées à l’indemnisation. Elles ne sont pas non plus les mieux placées pour mettre en relation l’offre et la demande d’emploi.
Mais elles ont en revanche un grand rôle à jouer en matière d’accompagnement des personnes en situation de précarité. Ce sont également des partenaires précieux pour les informations qu’elles recueillent sur le terrain, qui peuvent permettre en certains cas d’améliorer les dispositifs.
Il faut cependant privilégier des modes de coopération souples, tenant compte des spécificités du monde associatif. Et il ne suffit pas de passer une convention avec une tête de réseau au niveau national pour que les choses fonctionnent. Il faut aussi que les actions soient déclinées au niveau local. Le fait que Pôle emploi, depuis quelques années, tende à déconcentrer son action, ne peut que favoriser cette évolution.


Pour aller plus loin :
www.pacte-civique.org

Jean-Claude Devèze, Jean-Baptiste de Foucauld et Pierre Guilhaume, Relever le défi démocratique face à un monde en mutation, éditions Chronique sociale (à paraître en février).