Imprimer Envoyer à un ami

Changer de métier, un sas vers l’emploi ?

16.02.2017

Dans plus d’un tiers des cas, le retour à l’emploi passe par une mobilité professionnelle qui peut conduire à de vrais changements de trajectoire : c’est l’un des nombreux enseignements de la récente étude de Pôle emploi consacrée à la dynamique des mobilités en période de chômage.

Qui sont ces demandeurs d’emploi qui, sortis des listes de Pôle emploi, changent de métier ? Y a-t-il des métiers que l’on quitte plus que d’autres ? Et vers lesquels se tournent le plus souvent celles et ceux qui ont choisi de se réorienter ? À ces questions, et à bien d’autres, la récente étude de Pôle emploi apporte plus que des réponses. C’est un panorama complet qui est proposé au travers de ce travail sous la plume de Murielle Matus et Nicolas Prokovas.

Un phénomène de plus en plus courant

Premier constat, qui a lui seul justifie que l’on s’intéresse au phénomène : celui-ci est loin d’être marginal, puisqu’il concerne 37% des demandeurs d’emploi. La reprise d’emploi, dans plus d’un tiers des cas, passe donc par une mobilité professionnelle. Et lorsqu’elle se produit, cette mobilité professionnelle prend le plus souvent la forme d’un changement de parcours, puisque sur dix demandeurs d’emploi qui changent de métier, sept changent également de « domaine professionnel » (cf. encadré). Une assistante de direction pourra par exemple exercer des fonctions commerciales, ou un ouvrier du bâtiment devenir chauffeur-livreur.

Mais tous les demandeurs d’emploi ne sont pas concernés de la même façon par ces changements de trajectoire. Il est plus rare, passé 35 ans, de quitter un domaine professionnel pour un autre. À plus forte raison si l’on est titulaire d’un diplôme de niveau Bac+3. L’âge et l’expérience – ou l’absence d’expérience – déterminent en grande partie l’ampleur des changements opérés.

Une logique de flux

Autre enseignement particulièrement éclairant révélé par cette étude : tous les domaines professionnels ne sont pas concernés de la même façon par ces phénomènes d’entrée et de sortie. Certains, qualifiés d’« exportateurs » par les auteurs de l’étude, génèrent des flux de main d’œuvre, quand les autres, « importateurs », au contraire en reçoivent.

Du côté des « exportateurs », on trouve des métiers en déclin. Ces métiers ont pour certains été transformés par le développement des outils informatiques : les métiers liés à la gestion et à l’administration des entreprises. D’autres, ceux de la mécanique et de la métallurgie, ont été durement touchés par le progrès technologique et la concurrence internationale. On y trouve également des métiers caractérisés par leur pénibilité (ceux du bâtiment et des travaux publics), qui incite les actifs à se tourner vers d’autres où les risques d’usure sont moindres.

La catégorie des « importateurs », à l’inverse, regroupe tout un ensemble de métiers favorisés par la tertiarisation de l’économie : les services aux particuliers et aux collectivités, les métiers de la santé, de l’action sociale, culturelle et sportive, les métiers de l’hôtellerie et de la restauration, mais également ceux des transports et de la logistique.

L’étude met aussi en lumière la dimension sexuée de ces flux. Le déclin de certains métiers administratifs très féminisés se traduit en effet par des mobilités en direction des métiers du commerce, de l’action sociale et des services aux particuliers. Les hommes se dirigeant davantage vers les transports, la logistique et le tourisme.

Comprendre ces phénomènes de mobilité et les logiques qui les sous-tendent est essentiel pour permettre un meilleur accompagnement des demandeurs d’emploi. Cette étude y contribuera sans aucun doute.

 

Derrière les métiers, une histoire de familles

Établie pour la première fois en 1993, la nomenclature des familles d’activité professionnelle vise à regrouper les métiers sur la base de compétences communes. L’objectif, au moment de sa création, était de rapprocher la nomenclature de l’INSEE de celle utilisée par Pôle emploi pour codifier les emplois. Dans sa version actuelle, elle comporte 238 familles professionnelles détaillées, 86 familles professionnelles regroupées… et 22 « domaines professionnels », catégorie retenue par les auteurs de cette étude pour caractériser les parcours de mobilité (« inter-domaines » ou « intra-domaine »).

 

Études et recherches n°09