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Des managers Pôle emploi à l'écoute du Club RH

18.08.2017

Interview :

Michèle Lailler-Beaulieu, Directrice Régionale Grand Est
Antoine Denara, Directeur Régional Martinique

Vous avez participé au club RH national du 5 juillet dernier consacré au projet « Plateforme d’échange communautaire » et vous avez animé les échanges en tables-rondes. Revenons sur cet atelier !

Quelle est votre impression globale de cette matinée ?

Michèle Lailler-Beaulieu : Ce fut une matinée très riche d’échanges entre décisionnaires RH présents et Pôle emploi. J’ai apprécié la bienveillance qui régnait. Les habitués du club ont apporté un soin tout particulier à accueillir chaleureusement les nouveaux membres qui étaient à leur table.
Les échanges étaient nourris mais toujours dans l’esprit d’une écoute cordiale et constructive.
Les membres se sont montrés au fait des évolutions de Pôle emploi et des projets en cours ce qui n'empêchait pas quelques questions sur les principes et les modalités de notre offre de services mise en œuvre pour les demandeurs d’emploi.

Antoine Denara : Ce temps a été un espace d’expression où les entreprises ont exprimé leurs attentes en matière de recrutement et ont « brainstormé » sur les innovations, les outils numériques de demain et sur la gestion du capital humain.
Pour Pôle emploi, cette matinée a été un temps de recueil d’informations et de partage de l’existant pour faire évoluer notre offre de service, au plus près des besoins de l’entreprise.

Trois idées fortes, parmi les échanges à votre table qui ont retenu votre attention…

Michèle Lailler-Beaulieu : Les entreprises participantes ont manifesté un vif intérêt pour le projet de plateforme d’échanges communautaires qui leur a été présenté. Leur intérêt portait sur la découverte des services et fonctionnalités qu’on pouvait proposer ainsi que sur leur possible utilisation à venir.
Les participants ont pointé la nécessité de bien coordonner les différents sites Pôle emploi existant sur le web afin d’éviter la redondance et d’assurer la visibilité de la valeur ajoutée de chacun. Des questions ont donc porté sur comment Pôle emploi comptait articuler les sites pole-emploi.fr et Emploi Store notamment avec cette nouvelle plateforme d’échanges communautaires…
L’autonomie des demandeurs d’emploi a fait débat. Se sentiront-ils suffisamment armés pour utiliser de façon volontaire et optimale ces nouveaux outils et services digitaux?
L’une des entreprises participantes nous a fait part d’un point de vigilance face à des constats réalisés en interne. À force de tout dématérialiser, de tout mettre sur la toile, ils ont constaté que les managers de proximité n’avaient plus ou ne prenaient plus le temps de lire, de s’approprier l’information. Avec la démultiplication des informations, on perd parfois le sens. Un travail de clarification des informations mises à disposition est nécessaire et doit être mené en amont.

Antoine Denara :

  • Une digitalisation de plus en plus forte des transactions sur le marché du travail et tout particulièrement sur le champ du recrutement, avec un foisonnement d’outils (l’atelier a été un espace de benchmarking des outils numériques entre les professionnels RH).
  • La prééminence des valeurs, des compétences comportementales dans les critères retenus par les recruteurs pour sécuriser l’intégration des collaborateurs au sein des entreprises. Il est à noter que l’inscription à certains réseaux sociaux contribue à établir la carte d’identité professionnelle du candidat et à valider ou pas son profil.
  • La nécessité de promouvoir et de développer le métier de recruteur, fonction peu valorisée au sein de la fonction RH et pour lequel il n’y a pas d’école de formation, à proprement parler.

Quelles attentes les entreprises à votre table ont-elles exprimé vis-à-vis de Pôle emploi en général et du projet de « Plateforme d’échange communautaire » en particulier ?

Michèle Lailler-Beaulieu : Les entreprises voient en cette plateforme un moyen de pallier les difficultés de recrutement sur certains métiers, certaines filières ou secteurs d’activité méconnus. Elles envisagent de contribuer davantage par le biais de branches professionnelles ou de groupements d’employeurs qu’à titre individuel. Cette dernière option ferait prendre le risque, selon elles, d’une surenchère entre marques employeurs.
Ce qu’elles perçoivent d’intéressant avec le projet de plateforme d’échanges communautaires de Pôle emploi, c’est la possibilité d’avoir accès à la façon dont un demandeur d’emploi développe son autonomie à travers l’utilisation de ces outils. Leur principale attente: ce que Pôle emploi peut mettre à disposition sur la plateforme (au niveau des services et des fonctionnalités) pour apporter des informations qualitatives aux demandeurs d’emploi, pour faciliter leur recherche d’emploi. Des pistes ont été avancées : assurer une plus grande visibilité des métiers en tension, des métiers qui recrutent, communiquer sur des parcours professionnels, sur les formations ouvertes à l’inscription qui favorisent un retour à l’emploi rapide du fait des débouchés du marché du travail…

Antoine Denara : De l’avis général des responsables RH (RRH) participants, la plateforme constituerait un levier essentiel dans les outils mis à disposition du demandeur d’emploi pour accélérer son retour à l’emploi.
Voici quelques verbatim issus des échanges :
« Cela ne doit pas être une énième application, mais devra générer aussi des liens avec les autres applicatifs de Pôle emploi et autres réseaux sociaux utiles».
« Il doit être un espace pour rompre l’isolement des demandeurs d’emploi et mettre en commun des témoignages autour de parcours, de problématiques des demandeurs d’emploi».
« Il faudrait promouvoir les axes de mobilités professionnelles (réorientation), les métiers, les secteurs d’activités, les territoires et les spécificités des métiers au sein des branches professionnelles voire des enseignes et des profils…. ».
Les entreprises ont souligné la qualité de l’accompagnement de Pôle emploi dans leur politique de recrutement (sélection des profils, mobilisation des mesures d’aides ou de formation adaptées….). Leur regard est positif.
Les RRH ont formulé plusieurs propositions : développer une campagne de communication pour promouvoir les évolutions de notre offre de service et combler notre déficit d’image, accompagner l’émergence du e-conseiller à Pôle emploi (plus grande mobilisation des outils numériques dans les relations avec les entreprises), privilégier le terme plus dynamique de « chercheur d’emploi » en lieu et place de celui de « demandeur d’emploi » et enfin, promouvoir un profil de compétences du candidat plus qu’un CV technique.

Quel est votre message aux entreprises et responsables RH ?

Michèle Lailler-Beaulieu : Il est important que les membres du club RH participant aux ateliers puissent faire connaître en interne, au sein de leur organisation mais aussi en externe, auprès de leurs partenaires le travail qui est réalisé par Pôle emploi.
Pôle emploi a réalisé d’énormes transformations ces dernières années, notamment au niveau de son offre de service.
Plus les entreprises connaîtront et feront connaître ces fortes évolutions qualitatives plus cela sera profitable, à terme, aux demandeurs d’emploi et aux entreprises qui recrutent.

Antoine Denara : L’entreprise, dans sa dimension citoyenne, pourrait ouvrir ses portes afin de démultiplier les espaces d’expression (accueil des demandeurs d’emploi), d’évaluation et de formation (développement de l’alternance) au profit des chercheurs d’emploi ; et se saisir ainsi de cette nouvelle ouverture aux acteurs du marché du travail pour être en veille dans le cadre de la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC).

Souhaitez-vous partager avec nous une actualité concernant votre région ?

Michèle Lailler-Beaulieu : Après une interruption de quelques mois, le club RH Grand Est a repris de la vitesse en 2017 avec l’organisation de trois manifestations les 1er, 12 et 16 juin dernier. Nous avons conservé une organisation par « anciens territoires » : Alsace, Lorraine et Champagne-Ardenne, ce qui nous permet de rester dans une relation de proximité, au plus près des préoccupations des territoires. Pour cette reprise, nous avons convié Boris SIRBEY (Philosophe et co-fondateur de MyJob.Company, co-fondateur du LabRH et co-fondateur de CollectivZ) à venir échanger autour des dernières tendances digitales en matière de recrutement, de pratiques RH ou encore de la gestion des talents. Cette thématique a également été l’occasion pour nous de présenter aux DRH et dirigeants présents le programme "Recrutement et compétences" conduit dans le cadre du projet stratégique "Pôle emploi 2020 - Ensemble, innovons pour l'emploi".
Pour en savoir plus, nous vous donnons rendez-vous sur pole-emploi.org/espace club RH : une vidéo de la conférence donnée par Boris Sirbey sera disponible à la rentrée sur notre page dédiée ainsi que la date du prochain événement.

Antoine Denara : En septembre 2013, Pôle emploi Martinique et le MEDEF Martinique ont mis en œuvre le dispositif « Yonn à lot » (expression créole signifiant « Tous solidaires »). Son objectif : mobiliser une offre de service « croisée » Pôle emploi / OPCALIA, pour accompagner autrement l’intégration en entreprise de demandeurs d’emploi de + de 26 ans non indemnisés.
C’est une démarche « gagnant / gagnant » autant pour les demandeurs d’emploi (promotion de profils, parcours d’intégration sécurisé et professionnalisant, immersion, adaptation au poste de travail, contrat de professionnalisation « PRODIAT » (OPCALIA), élargissement des compétences, rechargement des droits) que pour les entreprises dont l’accompagnement spécifique et le soutien économique à l’effort d’intégration contribuent à l’image « sociale et solidaire » d’entreprise citoyenne.
Le bilan de ce dispositif est positif. Depuis septembre 2013 près de 350 personnes ont bénéficié de l’opération et 30 % sont restées en CDI. Elles ont accédé à des postes dont elles auraient été exclues via un recrutement classique.
La plupart des grandes enseignes de notre région ont adhéré à cette opération mais également des TPE (très petites entreprises), la FTPE de Martinique nous ayant rejoint en 2016 ainsi que de grands secteurs d’activités (banques, hôtellerie / restauration). Parmi les grandes enseignes ayant participé, nous pouvons citer Carrefour, Hyper U, Toyota, Citroën, Casino, Géant...
Cette même année, CAP emploi a intégré le dispositif de manière à offrir aussi ces opportunités aux demandeurs d’emploi bénéficiaires de l’obligation d’emploi (DEBOE).
Le dispositif a retenu l’attention du MEDEF national, qui envisage de l’essaimer dans de nouvelles régions.