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Interview Rose Améziane, consultante création d’entreprise

26.09.2017

 

En quoi consiste Activ’Créa ?

Il s’agit d’une prestation d’accompagnement proposée par Pôle emploi aux demandeurs d’emploi qui désirent créer leur entreprise. Pôle emploi identifie un projet de création d’entreprise auprès d’un demandeur d’emploi et nous l’adresse pour clarifier et faire émerger ce projet. L’accompagnement peut durer trois mois maximum. Comme l’objectif est de coller aux besoins du candidat, nous proposons donc un accompagnement individuel, avec la possibilité de participer à des ateliers thématiques collectifs.

À qui s’adresse Activ’créa ?

Nous recevons tout type de profils : des jeunes gens, des seniors, des personnes avec ou sans qualification qui souhaitent reprendre une entreprise ou en créer une, sous toute forme de statuts (micro-entreprise, SAS, SARL…).

Concrètement, en quoi cela consiste ?

Lors du premier rendez-vous, un entretien individuel permet d’établir un diagnostic quant à l’état d’avancement du projet. Afin de déterminer la qualité de l’accompagnement, nous déterminons aussi ce qui a amené le demandeur d’emploi à envisager de créer sa propre entreprise : dépit lié à une mauvaise expérience dans le milieu du travail (licenciement, rupture conventionnelle…) ou désir profond de créer sa propre activité. Lors d’un deuxième entretien, nous procédons à des tests de personnalité pour vérifier ses compétences entrepreneuriales.

Quelles sont les compétences nécessaires à la création d’entreprise ?

Un entrepreneur doit absolument posséder trois qualités : un réel savoir-faire dans l’activité qu’il a choisi de développer, des compétences en matière de gestion et des qualités commerciales. Nous travaillons ces trois aspects afin d’identifier avec lui ses éventuelles carences et le meilleur moyen de les combler, notamment en recourant à la formation.

Une fois la pertinence du projet avérée, comment procédez-vous ?

Nous travaillons à l’adéquation entre le demandeur d’emploi et son projet. Il arrive parfois que l’idée soit bonne mais qu’il ne soit pas la bonne personne pour la porter. Nous travaillons aussi sur la viabilité du projet : il n’y a aucun intérêt à pousser un demandeur d’emploi à créer une société si elle ne possède pas le potentiel pour générer un revenu. Récemment, j’ai accompagné un jeune homme qui souhaitait proposer un service de livraison en tricycle aux petits commerçants de quartier. Il avait réalisé une étude de marché, les commerçants étaient partants, la clientèle potentielle intéressée. Mais il s’est aperçu au fil de l’accompagnement, qu’étant seul à réaliser les courses, son projet n’était pas viable : le timing moyen de la course ne lui permettait pas de dégager un salaire. Nous avons donc convenu ensemble que son projet était non opportun. Il était satisfait : grâce à cette prise de conscience, il n’avait perdu ni temps ni argent.

Combien de demandeurs d’emploi accompagnez-vous chaque mois ?

Nous accompagnons une trentaine de personnes chaque mois, à différent stade de leur projet : parfois l’idée vient à peine de germer, mais il arrive aussi que la réflexion soit plus aboutie. Si certains demandeurs d’emploi arrivent avec des besoins très ciblés, ils manquent souvent de réflexion globale.

Quelle est la fréquence de vos entretiens avec le demandeur d’emploi ?

Nous leur proposons un plan d’action personnalisé. En général, nous les rencontrons une fois par semaine afin de vérifier si la méthodologie proposée est adaptée et s’ils sont en mesure de l’appliquer.

Quels sont les secteurs d’activités qui attirent le plus entrepreneurs en herbe ?

Nous sommes souvent confrontés à des projets de reconversion dans les secteurs de la restauration ‒ avec des concepts innovants de nourriture saine, locavore et rapide ‒, de la sécurité et des services à la personne.

 

Ils ont bénéficié d'Activ'Créa...

 

Jonathan Agbo, 25 ans, en cours de création d’Emmanuel King, une marque de prêt-à-porter masculin en vente en ligne

« Conseiller-vente et hôte de caisse dans la grande distribution, j’ai eu envie de changer de métier. J’ai bénéficié du service Activ’créa de Pôle emploi du 13 juin 2017 au 6 septembre 2017 car je souhaite créer une marque de vêtements pour hommes à l’esprit streetwear urbanchic vendus en e-commerce. Activ’créa m’a permis de réaliser une étude de faisabilité grâce à un atelier avec une comptable. De plus, j’ai eu droit à un accompagnement administratif et juridique. J’ai aussi appris comment et où trouver les solutions face aux difficultés auxquelles je risque d’être confronté. Après la formation, j’ai établi un business plan complet et j’ai rédigé des statuts juridiques prévisionnels. Aujourd’hui, j’ai procédé à l’essentiel de mes actions commerciales et j’ai réalisé des prototypes. Je suis actuellement en attente d’un financement bancaire. »

Clémence Delaunay, 29 ans, fondatrice de Oh my meubles, une auto-entreprise de customisation et de restauration de meubles

« Autrefois attachée de communication dans une association d'aide à la personne, j’ai bénéficié d’Activ’créa du 8 nov 2016 au 11 janvier 2017. J’avais pour projet initial l’ouverture d'une boutique-atelier de meubles et décoration de seconde main, de restauration de meubles et de détournement d'objets. Grâce à Activ’créa, après une étude approfondie de mon projet, j'ai décidé de concentrer mes efforts sur sa dimension créative et de commencer par de la vente sur Internet et sur les marchés avant d’envisager à terme l'ouverture d'une boutique. J’ai créé mon auto-entreprise le 3 avril 2017. Un catalogue est proposé aux clients mais ils peuvent aussi faire appel à mes services pour la restauration ou la personnalisation de leur mobilier. La vente s'effectue sur Internet ou à mon atelier, sur rendez-vous. Activ’créa m’a permis d'étudier en profondeur la faisabilité de mon projet et de prioriser mes actions. J’ai fait grandir l'idée pour la transformer en projet de vie. Grâce à cet accompagnement, j'ai pu rédiger mon business plan et me lancer avec moins d'appréhension. Après Activ’créa, j’ai suivi une formation de cinq jours à la Chambre des métiers consacrée à la création d’une auto-entreprise : inscription au Registre des Métiers (RM) et au Registre du Commerce (RC), conception d’une campagne de communication, création de la ligne graphique… Aujourd'hui, Oh My Meubles se concentre sur la création afin d'étoffer son catalogue, l'essentiel du travail se fait donc en atelier. »

Hadjila Mouheb, 47 ans, fondatrice de Maya du web, une entreprise de conseil et coaching aux particuliers et aux entreprises

« Éducatrice spécialisée, j’ai dirigé des établissements médico-sociaux durant une dizaine d’années suite à un master en management et gestion des entreprises sociales. En 2016, j’ai choisi de mettre a profit mon expérience et mon expertise en management et gestion de conflit pour créer ma propre structure. Après un premier échange avec mon conseiller Pôle emploi, j’ai rencontré Rose Améziane, de Boréal Conseil, dans le cadre d’Activ’créa. J’ai bénéficié de cet accompagnement pendant dix semaines à partir de septembre 2016, à raison d’une séance par semaine. Je souhaitais à l’époque obtenir un diplôme de psychologue et ouvrir un cabinet en libéral. Finalement, le 16 novembre 2016 j’ai créé Maya du web et j’ai poursuivi parallèlement un master 2 en psychologie du travail et des transitions. Aujourd’hui, je suis coach et consultante auprès de particuliers (adultes et enfants), mais aussi auprès d’entreprises du secret médico-social et de dirigeants sur des problématiques de prises de postes, d’accompagnement de recherche d’emploi, de régulation d’équipe et de souffrance au travail. Activ’créa m’a permis de valider mon projet et de définir la forme juridique la plus pertinente. Cet accompagnement m’a surtout aidé à faire le premier pas et à oser ! »

 

Ces demandeurs d’emploi...