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Sylvain Tillon, Fondateur de Tilkee

21.09.2017

Tilkee est un outil d’optimisation de la relance commerciale créé par Sylvain Tillon et Timothée Saumet. Mais les deux créateurs ont voulu appliquer leur solution à la recherche d’emploi. Grâce à leur plateforme en ligne, il est possible de savoir quel recruteur a regardé son cv ou sa lettre de motivation et combien de temps il y a passé. Une initiative qui change les codes du recrutement et permet aux demandeurs d’emploi de mieux cibler les entreprises potentiellement intéressées par leur profil. Tilkee est référencé sur l’Emploi Store. Sylvain Tillon nous parle de la genèse de cette idée et de sa vision de l’entreprise aujourd’hui.

 

À l’origine, Tilkee est un logiciel d’optimisation de relances commerciales. Comment l’idée d’appliquer ta solution à la recherche d’emploi a-t-elle germée ?

C’est la même logique que pour un devis ! Quand on envoie des candidatures, on ne sait pas si elles sont lues. Cet état de fait nous met mal à l’aise et on n’ose pas relancer. Aujourd’hui, en tant qu’employeur, je me dis qu’il est plus intéressant de recevoir une personne qui me rappelle. Comme nous vendions cette solution aux commerciaux, cela ne nous coûtait rien d’en faire une plateforme dédiée aux cv.
C’est également parce que nous demandions à nos futures recrues de tester Tilkee en postulant de cette manière. Nous leur disions : « Traquez nous, vous saurez si nous regardons votre candidature ». Les retours étaient excellents, certains candidats que nous ne prenions pas nous demandaient même s’ils pouvaient continuer à utiliser notre outil. Nous nous sommes alors dis pourquoi ne pas le proposer à d’autres ? En ce moment, entre 20 et 50 personnes s’inscrivent chaque jour.

Quels sont les retours des utilisateurs ?

La note moyenne d’usage de Tilkee est de 8,64 sur 10. Le retour des gens est assez positif. Ils expliquent souvent qu’avant ils étaient dans le flou, mais que maintenant ils savent, par exemple, que seulement 4 recruteurs sur 100 se sont intéressés à leur profil, que cela les motive à ne pas les lâcher et à se battre pour les rencontrer plutôt que de perdre du temps avec les 96 autres.
Bien sûr, certaines personnes s’énervent encore. Des gens disent : « j’ai 15 ans d’expérience, j’ai fait un cv de 3 pages, le recruteur a passé moins de 10 secondes dessus, c’est inadmissible ! ». Nous lui répondons que le recruteur a peut être vu dans les 10 premières secondes que son cv ne correspondait pas au poste qu’il proposait avant de le fermer. Il en a le droit.

Quelles étaient tes ambitions en appliquant le concept de Tilkee au cv ?

Tilkee répond à un besoin, mais il n’y a pas de demande. Les gens n’imaginent pas que cela puisse exister. Nous voulons créer un réflexe : traquez vos pièces jointes importantes lorsque vous les envoyez ! Il y aura des usages gratuits et des usages payants, mais il faut que vous connaissiez ce mécanisme.
L’autre ambition est interne. Il y a une très grande fierté de la part de mes collaborateurs de dire ce que nous faisons. Nous sommes une boîte privée qui doit gagner de l’argent, mais nous aidons un peu les gens.

Penses-tu que le recrutement est en train de changer ?

Il y a un niveau de culture numérique, de culture générale et de savoir-faire plutôt intéressant en France. Ce qui va vraiment faire la différence désormais, c’est le savoir-être. Dans notre façon d’envoyer un cv, de postuler, nous laissons transparaître des choses. J’ai fait les mêmes erreurs en arrivant sur le marché du travail. Je me souviens, par exemple, des lettres de motivation personnalisées à la va-vite. Aujourd’hui, les entreprises recherchent une personne qui s’est un peu intéressée à leur solution, à leur produit, qui montre un peu d’intérêt sur ce qu’elle va faire par la suite. Et ce n’est pas tant qu’elle vienne en disant qu’elle va nous apporter quelque chose, que de se présenter en disant : « ça me plaît et on va y aller ensemble ».

Quelles sont les évolutions en termes RH que tu as pu constater entre ta première entreprise et aujourd’hui ?

Derrière le discours marketing, le modèle n’a pas vraiment changé. Ce n’est pas parce qu’il y a une salle de babyfoot que le travail prendra un sens. Dès qu’on appuie le management sur une vraie politique, on essaie de donner du sens à ce que les gens font, on essaie de les inclure dans la décision, de les faire réfléchir. Par exemple, nous revenons d’un week-end durant lequel nous avons fait plancher nos collaborateurs sur les prochains projets de Tilkee. Ce ne sont pas mes idées, mais les leurs. Clairement, ils se consacrent à leur entreprise, nous n’avons pas de turn-over, les gens sont fidèles, ils font tous partie de la génération Y ou Z. Ce n’est donc pas une question de génération, mais d’approche au quotidien. Nous n’avons pas le même modèle hiérarchique qu’en entreprise, les collaborateurs savent qu'ils ne seront pas chef du chef du chef dans six ans, parce qu’il n’y a pas de chef. Mais cela correspond aux personnes que nous avons embauchées, qui veulent être autonomes dans leur mission, pouvoir apprendre au quotidien et travailler dans un modèle très collectif.
J’ai écrit une tribune dernièrement sur le fait qu’il fallait arrêter d'attribuer des commissions individuelles aux commerciaux. Aujourd’hui, chez Tilkee, les commerciaux perçoivent des commissions collectives par pays. Celui qui n’a rien vendu a touché un peu moins que celui qui a le plus vendu, mais il n’a pas rien touché. Ils ont un objectif commun à réaliser ensemble, c’est donc à eux de choisir les nouveaux. Ils font le recrutement. J’arrive au dernier entretien simplement pour valider les points techniques et juridiques. Ce sont eux qui me disent qu'ils ont envie de travailler avec telle ou telle personne, de la former, de l’aider à performer et de l’accompagner jusqu’au bout.

Que représente Tilkee aujourd’hui ?

Aujourd’hui nous sommes 22. Dans les 6 prochains mois, nous ouvrirons en Allemagne, puis en Angleterre… Nous serons 50 d’ici un an. Notre grand défi est de garder une taille humaine et de rester une grande famille, comme nous le sommes aujourd’hui. Nous allons être très vigilants sur ce sujet. Mais nous avons envie de grandir, d’intégrer de nouvelles personnes. Pour cela, c'est à nous de mettre en place le bon modèle. C’est également un défi du point de vue de nos partenaires financiers qui aimeraient que nous structurions un peu plus les choses, que nous ayons des fiches de poste plus claires, que nous ayons des missions mieux définies lors de l’entretien… Ils sont parfois embêtés car c’est un peu flou de l’extérieur. Ils savent aussi que les collaborateurs ont pas mal de pouvoir, mais c’est parce qu’ils sont bien meilleurs que moi sur tous les sujets qu’ils traitent !

Tilkee est référencé sur l’Emploi Store. Quelle vision as-tu de Pôle emploi ?

Ma vision a bien changé. J’avais très bien travaillé avec une conseillère qui avait fait mon sourcing de candidats sur une précédente boîte. J’étais plutôt content du travail, mais je n’ai pas eu de contact avec Pôle emploi par la suite. Pour l’anecdote, nous avons été contactés par Pôle emploi dans les 24 heures qui ont suivi le lancement de Tilkee pour les cv, sur Twitter, par mail, sur LinkedIn, pour nous dire que notre outil était génial et qu’il fallait absolument le référencer sur l’Emploi Store. Nous ne connaissions pas l’Emploi Store à l’époque. Trois jours après nous étions référencés. Je suis assez impressionné par la dynamique digitale de Pôle emploi et sa force de frappe sur Twitter. Dès que nous lançons quelque chose, nous sommes retweeté une quarantaine de fois par des conseillers. Sur LinkedIn, même chose. À chaque fois que nous mettons en ligne un article nous sommes beaucoup likés ou commentés par des conseillers Pôle emploi. Je n’imaginais pas que les gens étaient aussi formés, aussi à l’aise, et trouvaient autant d’intérêt dans les réseaux sociaux. Nous n’utilisons que les réseaux sociaux pour trouver des clients nous sommes donc dans la même démarche, mais c’est toujours surprenant de la part d’une telle institution.

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