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« Il n'y a aucun intérêt à se survendre »

La start-up Welcome to the Jungle est née en 2015. Elle est dédiée au monde du travail, notamment à travers un moteur de recherche d'emploi et un média. Une aventure qui avance bien, si l'on en juge par la nouvelle levée de fonds de 20 millions d'euros que vient d'obtenir la société. Rencontre avec Jérémy Clédat, l'un des fondateurs, qui nous livre son regard sur le marché de l'emploi.

Publié le  21/11/2019

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À quels besoins répond Welcome to the jungle ?

C'est une société que nous avons fondée il y a cinq ans avec mon associé Bertrand Uzeel. Notre sentiment à l'époque, c'était que l'expérience candidat offerte, principalement en ligne, était de mauvaise qualité. Le sujet aujourd'hui n'est plus d'avoir accès à des annonces parce qu’elles sont partout. Ce qui pose problème, ce sont les difficultés qu'on a à s'y orienter convenablement et à comprendre ce qui correspond à nos aspirations professionnelles. Chercher un emploi est hyper anxiogène. Nous trouvions que ce qui manquait c'était de l'information sur l'entreprise qui pourrait nous accueillir, l'environnement de travail, les collègues, la vision des dirigeants… Bref, tout ce qui permet de contextualiser l'offre et de comprendre qu’une entreprise nous correspond.

Nous savons très bien que faire un même métier dans une boîte x ou dans une boîte y, peut potentiellement être complètement différent. C'est pour cette raison qu'aujourd'hui Welcome, c'est deux choses : une plateforme de recrutement où, pour chaque entreprise présente, nous créons beaucoup de contenu. Nous réalisons des photos de l'environnement de travail, des équipes, des interviews vidéo, nous apportons des statistiques clés comme la parité, l'âge moyen. Ensuite nous essayons de développer tout un média sur le travail, parce que nous pensons que ce sujet mérite d'être traité de manière un peu optimiste et pas anxiogène.

Nous proposons ce contenu en ligne, en vidéo et aussi en print, avec un magazine trimestriel. Cette démarche est profitable aussi pour l'entreprise. Il n’y a aucun intérêt à se survendre et à attirer des gens qui ne correspondent pas à ce que l'entreprise recherche. C'est un gain de temps et d'énergie pour les deux parties. 

Nous pourrions apporter plus de fluidité, si les entreprises étaient plus ouvertes à la reconversion, à des gens ayant des profils différents de ceux attendus à la base.


Dans quels secteurs professionnels êtes-vous les plus présents ?

Aujourd'hui, nous sommes une plateforme généraliste, nous traitons donc avec tout type d'entreprise, de la start-up au grand groupe. Après, c'est vrai que nous sommes surtout positionnés sur les métiers très qualifiés. Historiquement, nous sommes très développés dans les secteurs du web et de la tech, du conseil, de la finance, de la mode, un peu dans l'industrie maintenant, et beaucoup dans les services globalement. 

 

Et du côté des entreprises, est-ce que vous voyez des pratiques évoluer ?

Quand nous avons commencé il y a cinq ans, ces sujets de marque employeur n'étaient pas forcément leur priorité, mais aujourd'hui les choses ont changé. Je pense qu'elles ont compris le fait qu'il vaut mieux être le plus sincère et le plus transparent possible sur ce qu'elles sont, et ainsi attirer des gens qui sont en phase avec leurs valeurs. 

 

Avec ce rôle d'intermédiaire entre les entreprises et les demandeurs d'emploi, qu'avez-vous observé du marché et de son évolution, ces dernières années ?

Nous sommes sur un marché spécifique, avec notamment beaucoup d'entreprises dans le web et la tech. Ce sont des métiers en tension, ce qui a permis une sorte de rééquilibrage de pouvoir entre les candidats et les recruteurs. Je trouve cette situation plus saine. C'est une relation qui doit être équilibrée. Nous constatons une évolution dans les critères des candidats. Il y a toujours un trio clé qui inclut la rémunération, le métier et la localisation : c'est le triptyque de critères indispensables. Un quatrième critère les a rejoints : le sens.

Ce sont les valeurs que nous souhaitons retrouver dans l'entreprise, et des choses qui sont moins quantifiables, moins rationnelles, mais qui sont des critères pour nos candidats. Ils sont de plus en plus nombreux à essayer de comprendre ce que fait la boîte sur d'autres sujets, comme leurs engagements sociaux ou environnementaux. Nous constatons un vrai trend (ndlr : une tendance), en particulier pour la majorité des utilisateurs de la plateforme qui ont entre vingt-cinq et trente-cinq ans.

 

Le travail est un sujet qui est très culturel.


Avez-vous observé des rebonds dans certains secteurs du marché de l'emploi ?

Depuis 3-4 ans, nous observons un marché global de l'emploi qui est très dynamique, extrêmement dynamique sur la tech, avec des gros besoins de recrutement. En particulier sur des métiers qui n'existaient pas avant. Il y a donc cette problématique d'adéquation entre les besoins actuels des entreprises et la réalité académique qui crée des tensions sur certains métiers. Après, il y a d'autres métiers dont nous sommes plus éloignés, mais nous constatons aussi beaucoup de tensions sur les métiers du retail, de la vente.

En France, même si nous ne monitorons (ndlr : surveiller) pas les candidatures parce que c'est le travail des entreprises, c'est que nous restons un pays très attachés à la formation initiale des gens. Nous pourrions aussi apporter plus de fluidité, si les entreprises étaient plus ouvertes à la reconversion, à des gens ayant des profils différents de ceux attendus à la base.

 

Vous avez ouvert des bureaux à Prague et à Barcelone cette année, y avez-vous déjà observé des différences dans la culture des entreprises ?

Le travail est un sujet qui est très culturel. Nous le découvrons chaque jour un peu plus. Et comme nous avons aussi une partie média, nous écrivons beaucoup sur le sujet. Par exemple, c'est très lié au contrat de travail. En France, nous avons un droit du travail qui est très fort et assez protecteur. En Espagne, par exemple, vous pouvez vous faire virer rapidement. Cela crée une relation au travail qui est complètement différente. Les gens quittent donc plus tardivement le domicile de leurs parents, parce que leur précarisation financière au départ est plus forte.

En France aujourd'hui, les start-up sont assez plébiscitées, c'est beaucoup moins le cas en Espagne, qui les voit plus comme un facteur de risque et d'instabilité financière. Il y a des différences qui sont assez fondamentales dans le rapport au travail.

https://www.welcometothejungle.com/fr

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