Article

Dans les quartiers prioritaires et les zones rurales, des opportunités d’emploi dans le numérique encore en manque de candidats

Si les métiers du numérique offrent un grand nombre d’opportunités d’emploi aujourd’hui, et encore plus demain, un indicateur élaboré par l’association Diversidays, avec l’aide du cabinet Occurrence, grâce aux données de Pôle emploi et LinkedIn, montre que l’appétence pour ces métiers est nettement moindre chez les femmes, les habitants de quartiers prioritaires et des zones rurales.

Publié le  01/10/2020

Div-1_art_org.jpg

 

Parmi les quinze métiers les plus émergents en France, il en figure de nombreux dans le numérique : délégué à la protection des données, ingénieur en intelligence artificielle, community manager, spécialiste en cybersécurité, développeur big data… Et tous demandent des compétences en la matière. Plus encore, 80 000 emplois demeuraient non pourvus dans le numérique fin 2018, comme le souligne l'avis « Faire du numérique un accélérateur de diversité » publié le 8 septembre par les membres du Conseil national du numérique et le co-fondateur de l’association d'égalité des chances dans le numérique et l'entrepreneuriat Diversidays, Anthony Babkine.

Selon l’adjoint au DGA réseau en charge des études et de la performance, à la direction générale de Pôle emploi, Stéphane Ducatez, on attend même 1,75 millions d’emplois nouveaux dans le domaine des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans les dix prochaines années. À l’échelle européenne, les emplois non pourvus dans ces métiers atteindraient même déjà 750000, selon lui. 

« On attend 1,75 millions d’emplois nouveaux dans le domaine des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans les 10 ans ».

S. Ducatez

Un indice rendant compte de l’évolution de la diversité dans le numérique

Les opportunités sont donc là. C’est ce que montre, de manière limpide, un indice créé par Diversidays à partir des données de Pôle emploi et de LinkedIn, et avec le soutien du cabinet Occurrence, dont l’objectif est de mettre en évidence les écarts dans le souhait d’accès aux métiers du numérique, selon des caractéristiques telles que le genre ou le lieu d’habitation. « Tout le monde peut avoir l’intuition d’un dysfonctionnement entre diversité et accès aux métiers du numérique, mais tant qu’on ne met pas un chiffre dessus, on en ignore l’ampleur et donc on échoue à en faire un ingrédient d’une politique publique », souligne Assaël Adary, président d’Occurrence, pour qui il faut « sortir des batailles de subjectivités et d’intuitions ». « Ce que j’apprécie dans cet indicateur, poursuit-il, c’est qu’il décrit très bien le blocage initial, ou à l’inverse le déclic initial, qui fait que l’on envisage, ou non, de se lancer dans une carrière dans le numérique. Et c’est justement au cœur de l’action de Diversidays, qui met en avant le manque de « rôles-modèles ».»
 

Il faut « sortir des batailles de subjectivités et d’intuitions »

A. Adary

Les hommes quatre fois plus enclins que les femmes à travailler dans le numérique

Plus précisément : l’indice est calculé en rapportant la proportion de demandeurs d’emploi de cette population cherchant un emploi dans le numérique, à celle d’une population de référence. Par exemple : si, parmi l’ensemble des demandeurs d’emploi en 2019, 2,7% en cherchaient un dans le numérique, cette proportion retombe à 1,1% parmi les femmes. L’indice, dont la moyenne s’établit à 100, tombe donc pour celles-ci à 41, alors qu’il atteint 162 pour les hommes. Autrement dit : les hommes sont quatre fois plus enclins que les femmes à travailler dans le numérique. Sur ce point, précisons peut-être aussi qu’en 2019 seules 37% des professionnels du numérique en France étaient des femmes. 
 

Div-2_art_org.jpg

 

Un souhait encore moindre chez les habitants des quartiers prioritaires et zones rurales

Et le contraste est encore plus frappant lorsque l’on tient compte du lieu d’habitation. En effet, si globalement l’indice pour la recherche d’emploi dans le numérique en 2019 était de 88 en France pour les demandeurs d’emploi bénéficiant de l’obligation d’emploi, il n’était que de 73 chez les habitants des quartiers prioritaires de la ville (QPV), contre 104 en dehors. Et le genre agrandit l’écart, puisqu’il tombe à 24 chez les femmes vivant dans ces quartiers, contre 116 pour les hommes. Même constat chez les habitants des zones de revitalisation rurale (ZRR), où l’indice descend à 65 (106 hors ZRR), et même à 23 chez les femmes, contre 99 pour les hommes. Il perd même des points comparé à 2018 (24 et 103).
 

Les candidats « passent à côté d’opportunités » et « on se prive de talents »

« On se prive de talents », estime Stéphane Ducatez. « Des personnes passent à côté d’opportunités parce qu’elles pensent que ce métier n’est pas fait pour elles, que c’est compliqué, ou qu’elles ne vont jamais être recrutés. Mais nous, nous sommes convaincus que c’est faux ». La création de cet indice est aussi l’occasion pour Pôle emploi, selon lui, « de communiquer auprès de nos conseillers, pour les sensibiliser, afin qu’ils relaient l’information vers les demandeurs d’emploi ». C’est l’occasion également de voir d’année en année, puisque l’indice est révisé annuellement, l’évolution de la situation.
 

« Des personnes passent à côté d’opportunités parce qu’elles pensent que ce métier n’est pas fait pour elles, que c’est compliqué, ou qu’elles ne vont jamais être recrutés. »


Mais même si les opportunités d’emploi sont réelles, et que « certains métiers sont tellement en tension que les entreprises embauchent parfois des candidats avec peu de bagages, pour les former », « tant que l’on ne dit pas, notamment aux jeunes des quartiers prioritaires et zones rurales que c’est possible pour elles, qu’on ne leur balise pas un peu le parcours, l’indice n’évoluera pas », estime Assaël Adary. C’est là tout l’intérêt de l’action de Diversidays, qui a formulé, dans l'avis « Faire du numérique un accélérateur de diversité » publié avec les membres du Conseil national du numérique, une douzaine de propositions, dont la plupart insistent sur l’importance d’informer sur ces opportunités, et notamment les plus jeunes.

 

Plus d'actualités

Article

Les emplois francs, une priorité pour favoriser [...]

Le dispositif Emplois francs vient d’être renforcé et prolongé par le gouvernement. Destiné à favoriser l’insertion professionnelle ded jeunes de quartiers prioritaires de la ville, il fait l’objet d’une collaboration entre professionnels de l’emploi. En première ligne sur le sujet, la Fondation Mozaïk livre son retour d’expérience terrain.

Article

« Nos quartiers ont du talent », une passerelle [...]

Depuis 2005, l'association "Nos quartiers ont du talent" œuvre à rapprocher les entreprises et les jeunes diplômés d'origine modeste. Partenaire de Pôle emploi, elle les aide à développer leur réseau professionnel, leur offrant ainsi une précieuse aide dans la quête d'un premier emploi, et ce sur l'ensemble du territoire. Afin d'en savoir plus sur son activité, nous sommes allés à la rencontre de Guillaume Marmasse, son directeur général.

Article

Prix jeune chercheur pôle emploi

Dans le cadre de sa politique d’encouragement et de soutien des travaux de recherche permettant d’éclairer le fonctionnement du marché du travail, Pôle emploi reconduit son prix « jeune chercheur », et décernera en 2021 un prix « jeune chercheur » à un docteur ayant soutenu sa thèse en 2020.

Ailleurs sur le site

CHIFFRE-CLÉ

74,4 %

Des entreprises satisfaites concernant la pertinence des candidats présélectionnés par Pôle emploi. Mesure de la qualité du service rendu aux entreprises sur le volet recrutement au niveau national

L’état de l’emploi dans votre ville

Retrouvez les chiffres du marché du travail dans votre commune de plus de 5000 habitants.

Ensemble pour l'emploi

Retrouvez tous les chiffres permettant d'évaluer l'efficacité de notre action auprès des demandeurs d'emploi et des entreprises.