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« Elles bougent » : les femmes à la conquête des métiers scientifiques

Rencontre avec Marie-Sophie Pawlak, présidente fondatrice de l’association « Elles bougent », qui emmène avec enthousiasme les jeunes femmes vers les métiers scientifiques et techniques de secteurs professionnels culturellement plus masculins.

Publié le  05/03/2021

Pouvez-vous nous présenter « Elles bougent » en quelques mots ?

Nous faisons découvrir aux collégiennes, lycéennes, étudiantes et demandeuses d’emploi les métiers d'ingénieures et de techniciennes, en particulier dans des secteurs dans lesquels les talents sont majoritairement masculins, tels que l’aéronautique, le maritime, le numérique, l’automobile, le bâtiment, le ferroviaire, l’énergie… Notre objectif est de susciter des vocations chez les jeunes femmes, et plus simplement de leur faire prendre conscience que ces postes leur sont aussi destinés. 
 

Pour quelles raisons avoir créé cette association ?

Pour deux raisons, qui sont corrélées. La première provenait d’une forte demande de la part des directions des ressources humaines de grandes entreprises industrielles pour diversifier les profils dans leurs services techniques et technologiques. De plus, un certain nombre d’entreprises du Cac 40 étaient convaincues des bénéfices de la mixité pour améliorer le climat social, la performance et la capacité d’innovation. La seconde raison tient dans le déséquilibre important entre hommes et femmes dans ces métiers scientifiques et techniques.

Cela s’explique dès le stade de la formation : il y a un peu moins d’un tiers de femmes en écoles d’ingénieurs, mais ce chiffre est un trompe-l’œil. Si vous mettez à part les écoles d’ingénieurs en agronomie, chimie, environnement et biologie – qui sont presque paritaires, voire en déséquilibre inversé, ce taux est en réalité bien plus bas, autour de 20-22%. Les écoles purement informatiques ont quant à elles le plus souvent entre 5 et 10% de femmes dans leurs effectifs.
 

Quelles sont les raisons d’un tel déséquilibre ?

C’est multifactoriel, ancré d’abord dans l’histoire de France, et ainsi dans la culture et l’éducation. Citons par exemple la primogéniture mâle dans la monarchie française, inscrivant la direction dans le pré-carré masculin, et le long cantonnement des femmes dans les foyers. Au XIXe siècle, le premier lycée de garçons est créé en 1802, celui des filles en 1880 grâce au juriste et politique Camille Sée, mais avec un programme différent, axé sur la morale, la littérature, l’art. Les maths et la physique sont réduites à la portion congrue. Ce n’est qu’en 1924 que le baccalauréat des filles sera aligné sur celui des garçons.

Entre temps, le cliché selon lequel les matières scientifiques sont moins faites pour les filles s’est installé, alors même qu'au lycée, les filles ont aujourd’hui les mêmes notes dans ces matières que les garçons. Elles sont ainsi moins nombreuses à se lancer dans ces filières, à l’exception des sciences du vivant. Fort heureusement, cela a évolué positivement ces dernières décennies au niveau politique, et le gouvernement actuel est le premier à avoir « oser faire » de l’égalité homme-femme la cause nationale du quinquennat. 
 

Par quels moyens concrets l’association « Elles bougent » mène-t-elle son action ?

Le cœur de notre stratégie est notre réseau de marraines, qui sont des professionnelles en poste dans nos entreprises partenaires. Elles rencontrent lors d’événements variées les jeunes femmes intéressées par ces filières, principalement des collégiennes, lycéennes et étudiantes. Notre équipe associative anime ce réseau, organise des forums, des visites de sites et de salons spécialisés, des conférences, des interventions dans les collèges et lycées... Nous mettons également en place des challenges, tels qu’InnovaTech où marraines et filleules phosphorent ensemble sur des projets d’innovation technologique.
 

elles_bougent_art_org.jpg (Reportage Challenge Innovatech 2020)

 

Les demandeuses d’emploi sont-elles concernées ?

C’est un public auquel nous portons de plus en plus d’intérêt. Notre action de sensibilisation en amont est essentielle pour évangéliser les ingénieures et les techniciennes de demain, mais il nous semble important d’accompagner les jeunes femmes en recherche d’emploi et qui ont le profil adéquat, à savoir une formation scientifique ou technique. Notre action phare en ce sens est notre Forum annuel « Réseaux et Carrières au féminin », que nous organisons depuis 9 ans avec toutes les entreprises partenaires qui le souhaitent.

Même principe que pour les autres forums professionnels, avec les RH sur les stands qui délivrent les infos relatives au recrutement et au réseautage, ainsi que des ateliers pratiques (préparation à l’entretien, négociation de salaire…). Le plus est la présence de nos marraines auprès des étudiantes en fin de cycle en recherche de stage ou de travail, des jeunes diplômées et des demandeuses d’emploi. L’édition 2021 est à ce propos imminente, elle aura lieu en distanciel le 11 mars prochain.
 

« Elles bougent » a 15 ans. Avec le recul, quels sont selon vous les moyens les plus efficaces pour convaincre ces jeunes femmes de concrétiser leur souhait de carrière ?

Sans hésiter, les rencontres directes entre les marraines et les jeunes. Le fait que ces professionnelles présentent la réalité de leur métier, leur journée type, leur environnement de travail… a un impact décisif sur ces filles et ces femmes. Déjà, cela démystifie les clichés sur la femme ingénieure, son look, ses missions. Ensuite leur existence même rend possible cette projection dans leur métier, notamment pour les collégiennes.

Lorsque les lycéennes et les étudiantes ont la chance de passer une journée avec elles et de participer à des challenges d’entrepreneuriat féminin, elles mettent un pied dans le monde du travail. Donc la marraine, c’est la référence, le modèle, à tel point que lors de ces rencontres, le temps d’échanges avec les marraines est souvent préféré ou mieux valorisé par les jeunes filles, au temps de visites de sites industriels.
 

Merci Marie-Sophie. Le mot de la fin ?

Nous comptons sensibiliser davantage de femmes à ces métiers et à ces secteurs, toujours avec la même méthode et main dans la main avec les acteurs publics de l’emploi. La demande de la part des entreprises est très importante et nos efforts réunis peuvent les aider à pourvoir les postes d’ingénieures mais aussi de techniciennes, très demandés, notamment dans l’énergie ou le numérique. Nous sommes également intéressés d’accompagner des talents en reconversion, en nous joignant aux outils de formation mis en place par Pôle emploi, telle que la Préparation Opérationnelle à l’Emploi individuelle.

Pour conclure, je suis optimiste pour la suite, la prise de conscience est là au niveau politique, réglementaire, corporate, institutionnel, médiatique... C’est un prérequis aux évolutions culturelles qui prennent un peu plus de temps, et pour cela nous avons besoin de modèles, comme nos marraines, et de toutes les énergies. 

En savoir plus : Association « Elles bougent »

« Elles bougent » en chiffres


40 000 jeunes femmes touchées par an par les événements de l’association (organisateur ou partenaire)
5 080 marraines 
220 partenaires corporate et institutionnels
15 ans d’existence

Études à consulter : les baromètres de « Elles bougent » et de la Conférence des Grandes Écoles
 

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