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Nadège PLOU, DRH de Korian : « Nos équipes font un travail admirable »

Avec 455 établissements et plus de 20 000 collaborateurs, le groupe Korian, spécialisé dans l'accompagnement de la dépendance, recrute régulièrement sur l'ensemble du territoire. Que cela concerne l'apprentissage, les reconversions grâce au dispositif des "emplois passerelle" ou encore la santé au travail, Nadège PLOU, DRH France du groupe, nous a présenté les différentes actions que Korian s'emploie à mener.

Publié le  16/06/2021

 

Aujourd'hui, avec le vieillissement de la population, la population dite des "seniors" est de plus en plus diversifiée. Quelles évolutions percevez-vous, dans les demandes et les besoins de ce public ? Et comment cela se traduit dans l'évolution de vos besoins en recrutement ?

En 2040, nous devrions compter en France plus de 10 millions de personnes de plus de 75 ans. Cela nous a conduits à diversifier notre offre, et cette diversification depuis les trois dernières années est passée par l'intégration de nouveaux modèles, qui se sont ajoutés à celui de la maison de retraite médicalisée. Il y a les résidences services et les résidences autonomie. Mais aussi l'aide à domicile, avec notamment l'intégration de Petits-fils. Et également Ages & Vie, qui propose de la colocation pour seniors. 

Petits-fils, c'est une société qui, depuis 2007, a recruté 4 800 auxiliaires de vie pour interagir à domicile et accompagner nos clients. Sur les cinq prochaines années, elle va se doter de 15 000 auxiliaires de vie supplémentaires, ce qui va avec l'objectif de maintenir les plus de 75 ans à domicile. Cela nécessite d'avoir des personnes formées pour les accompagner. 
 

Cela crée aussi des opportunités dans les métiers de l'hébergement ou de la cuisine.


Le deuxième point important, c'est l’ouverture de colocations, permettant à nos ainés de partager des lieux de vie tout en gardant une certaine indépendance. C’est ce que fait la société Ages & Vie, née à Besançon. Fin 2020, nous avions 70 implantations partout en France, et nous allons ouvrir 67 colocations supplémentaires d'ici 2022, ce qui va permettre de créer 1 500 emplois d'ici trois ans. Ce sont de nouvelles opportunités professionnelles, notamment pour des personnes qui ne seraient pas forcément diplômées et que nous formerons à ces métiers. Il y a aussi des offres dans nos maisons de retraite, puisque cela représente environ 70% de notre activité, avec 18 000 emplois à l'échelle de la France en CDI. Chaque année, nous recrutons 5 000 personnes en CDI, dont 2 500 aides-soignantes et 900 infirmiers, mais aussi dans les métiers de l'hébergement ou de la restauration puisque, dans nos maisons, 100% des emplois sont internalisés.

Et il y a une évolution professionnelle possible, on peut tout à fait commencer au plus bas niveau de qualification, celui d'ASH (agent de service hospitalier), être en charge du nettoyage, et être accompagné par l'entreprise dans le cadre de la validation des acquis, pour obtenir le diplôme d'aide-soignant. C’est le cas pour tous les métiers. L'an passé, nous avons accompagné près de 2 000 personnes (sur 26 000 salariés), dans le cadre de nos parcours qualifiants. Avec la validation des acquis, mais aussi par les diplômes universitaires.

 

Les emplois passerelle, c'est un pari d'entreprise à entreprise.


Face à ces besoins de recrutement, quels sont vos dispositifs de formation ?

Cela fait quelques années que nous renforçons l'apprentissage. En 2017, nous avions 37 apprentis dans 19 départements et, en 2021, nous aurons 500 apprentis aides-soignants sur toute la France mais aussi 200 sur d'autres métiers. Autant d'opportunités professionnelles pour des jeunes de moins de 29 ans. La majorité de ces formations commenceront à partir du mois de septembre. Et puis nous avons un troisième projet dans le cadre des transitions collectives (ndlr : dispositif déployé par l'Etat depuis le 15 janvier 2021), où nous travaillons avec des entreprises qui ont signé des accords de Gestion des emplois et des parcours professionnels pour permettre à leurs salariés une reconversion professionnelle sur le métier d’aide-soignant.

C'est vraiment un pari d'entreprise à entreprise, avec un investissement financier porté par Transitions collectives (Transco) et partagé par les deux entreprises. Nous prenons des salariés en charge durant 14 mois, pour les former au métier d'aide-soignant. Avec l'opportunité, s’ils n'ont pas leur diplôme, de pouvoir retourner dans leur entreprise initiale. Et s’ils l’obtiennent, ils sont assurés d’intégrer notre entreprise en CDI à temps complet au sein d’un de nos établissements dans leur bassin d'emploi : c’est ce que nous avons appelé les « emplois passerelle ». Ce parcours professionnel mêlant formation en milieu de travail et présentiel pourrait permettre également à des demandeurs d’emploi d’être formés au métier d’aides-soignants sans attendre les entrées en IFAS (Institut de Formation d’Aide-soignant). Mais c’est un autre projet !

L'intérêt d'un tel projet c'est de sécuriser la transition professionnelle.


Il y aura donc la possibilité de revenir vers son entreprise initiale, si l'emploi n'a pas disparu ?

C’est tout l’intérêt d’un tel projet. Sécuriser cette transition professionnelle en permettant en cas d’échec un retour chez son employeur initial. La 1ère société avec laquelle nous devrions commencer ce projet serait Derichebourg. Ils ont été extrêmement novateurs en proposant à des salariées actuellement principalement à temps partiel une véritable évolution professionnelle par le biais de cette formation. Plus de 50 salariées ont répondu favorablement à cette démarche.
Le 1er sas d’orientation devrait voir le jour au mois d’avril et la formation devrait démarrer en mai 2021. La deuxième société est rattachée au secteur de la grande distribution, et plus de 140 salariés sont déjà intéressés sur le bassin parisien.
 

L’Etat a lancé en début d'année un plan « grand âge et autonomie » - « vieillir en bonne santé 2020-2022 ». Selon vous, quelles évolutions cela pourrait induire dans vos métiers ?

Je salue le travail qui a été fait dans le cadre du rapport El Khomri sur l'attractivité des métiers du grand âge, et qui est en train d'être repris pour être mis en application. Ce sont des choses qui vont changer la donne au niveau de l'emploi. Il faut saluer aussi ce qui a été fait dans le cadre du PLFSS du Plan de relance, qui octroie des aides complémentaires pour investir sur le numérique ou sur l'immobilier dans notre secteur. Et il y a également toute la réforme en lien avec le Ségur de la santé, qui a permis d'augmenter nos salaires de 206 euros bruts, pour la totalité de nos équipes en établissement, exception faite des médecins et des pharmaciens.

Aujourd'hui, le premier niveau de rémunération d'un aide-soignant à temps complet au sein de notre société, hors heures supplémentaires et primes de sujétion, c'est 1906 euros bruts. Un aide-soignant chez nous, avec les primes de sujétion, en mensuel moyen, gagne autour de 2 100 euros bruts. Il faut également évoquer un prochain arrêté à paraître sur l'apprentissage qui doit mettre fin définitivement aux quotas régionaux.

Parce que si nous avons pu passer de 37 apprentis à 500 en moins de 3 ans, c'est également parce que le dispositif s'est élargi. Un premier arrêté paru en septembre permettait déjà d'étendre le champ des possibles, et l'arrêté qui doit paraître mettra définitivement fin aux quotas. Cela va nous permettre de continuer à investir en matière d'apprentissage : pour l'an prochain, nous visons 700 apprentis, et 900 l'année d'après sur le seul métier d’aide-soignant. Il faut dire que la première classe dédiée à l'apprentissage dans un IFAS remonte à 2019. 
 

Quels ont été les impacts de la crise sanitaire sur ces métiers ?

Pour l'instant, le turn-over ne s'accroît pas depuis le début de l’année. Nos équipes ont fait et continuent à faire un travail admirable et même si la crise COVID va laisser des traces sur les vocations, il est sûrement un peu tôt pour mesurer son impact. Nos métiers ont été mis en avant et ça nous a renforcés dans l'idée de continuer à investir largement en matière de formation et d'emploi. Un autre point important, c'est tout ce que nous faisons en matière de prévention des risques professionnels. C'est un métier dans lequel il y a beaucoup trop d'accidents du travail et, depuis trois ans, nous avons mis en place une direction de la prévention des risques, avec des préventeurs dédiés.

Nous sommes en pleine négociation d'un accord « santé et sécurité au travail » avec nos partenaires sociaux pour continuer à investir en matière de santé au travail. Avec tous ces éléments, cela devrait nous aider à continuer à attirer de nouveaux talents et à les conserver dans nos équipes.

Comment se déroulent vos relations avec Pôle emploi ?

Nous avons un lien étroit au niveau de chacun de nos établissements avec les agences locales, Nos offres d’emplois et de contrat d’apprentissage sont également sur le site de pole-emploi.fr.
Le deuxième point, c'est une relation privilégiée à l'échelle des différentes agences, puisque chaque EHPAD a un référent en agence. Et au niveau national, nous travaillons en grande proximité avec les équipes de Pôle emploi et mettons en place différents projets ensemble : dernier exemple en date, la mise en œuvre de préparations opérationnelles à l'emploi, dans le cadre d'une convention signée en début d'année. Ce qui a permis, sur le bassin parisien, à des personnes actuellement au chômage de venir découvrir nos métiers dans le cadre de stages dédiés.

Ce sont d’autant plus de compétences à l’avenir pour nos maisons et nos cliniques, ce qui nous permet d’offrir l’opportunité à des profils atypiques par rapport à nos modes de recrutement classiques, d’appréhender nos métiers et de poursuivre en CDI au sein de nos établissements. 
 

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