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Où en sommes-nous de l’égalité professionnelle femmes-hommes ? Éclairage avec Oxfam France

Dans son dernier rapport annuel, l’association Oxfam France analyse les inégalités femmes-hommes qui perdurent et sont même renforcées en temps de Covid. Mais l’association propose des solutions pour les combattre ; certaines pouvant s’appliquer rapidement. Pauline Leclère, responsable de campagne justice fiscale et inégalités Oxfam France fait le point avec nous.

Publié le  10/03/2021

1. Quelles sont les principales inégalités hommes-femmes dans le milieu professionnel ?

La première des inégalités est économique : les hommes gagnent en moyenne 28,5% de plus que les femmes. À poste et compétences égales, l’écart de salaire est de 9%. Outre les cas de discriminations pures, cette inégalité s’explique principalement par la place des femmes sur le marché de l’emploi : un phénomène qu’on appelle la « ségrégation professionnelle ». Les femmes sont concentrées dans 12 métiers ou « familles professionnelles » sur un total de 86 métiers. Or ce sont des familles de métiers qui sont les moins bien rémunérés et pour lesquels les qualifications et la pénibilité ne sont pas reconnues. Ce sont aussi des secteurs où les emplois sont précaires (contrats courts, intérim, temps partiel). 28% des femmes actives sont à temps partiel, contre 8% pour les hommes, et 70 % des CDD et des contrats en intérim sont occupés par des femmes.

Les principales professions féminisées sont connues : les aides à domicile, les assistantes maternelles, les infirmières, les aides-soignantes, les agentes d’entretien, les caissières mais aussi les enseignantes.

Les femmes sont aussi beaucoup moins présentes sur des postes à responsabilités : seulement 40% des cadres, 29% des PDG. Elles ne sont que 18,4 % à siéger dans les comités exécutifs des 120 plus grandes entreprises françaises, notamment dans les instances de décision des entreprises du CAC40, dont les femmes sont les grandes absentes.
 

Est-ce que la crise sanitaire Covid accentue ces inégalités ? 

La crise a un effet démultiplicateur des inégalités existantes, et en particulier des inégalités de genre. Les femmes sont les premières touchées par les impacts économiques de la crise car elles sont surreprésentées dans les métiers les plus précaires donc pas ou peu concernées par les mesures de chômage partiel. Elles sont aussi très présentes dans les métiers directement impactés par les mesures de confinement (tourisme, restauration…). La situation des mères célibataires est particulièrement préoccupante : beaucoup sont en train de basculer dans la pauvreté selon les associations caritatives et pour les autres elles ont dû systématiquement recourir au dispositif de chômage partiel pour garder leurs enfants. 
 

Est-ce que ces dernières années la part des femmes progresse dans les métiers qui ne leur étaient pas réservés au départ ?

La situation évolue très légèrement. En trente ans, la concentration des femmes dans 12 familles de métiers sur 86 a légèrement baissé : cela représentait 53 % de l’emploi des femmes en 1983 et 47,5 % aujourd’hui. On a observé ces dernières années d’importantes créations d’emplois hautement qualifiés qui ont bénéficié en grande partie aux femmes, et cela devrait continuer dans les prochaines années. Les femmes sont aussi plus présentes dans les métiers d’encadrement. 

Mais la mixité restera difficile à atteindre si, à côté de la féminisation des métiers qualifiés, les secteurs déjà très féminisés et en pleine expansion actuellement – comme le social et la santé – continuent à concentrer autant de femmes. Le métier le plus féminisé et qui reste déterminant pour les années à venir est celui de l’aide à domicile. Le double enjeu de mixité et de reconnaissance de ce métier est donc considérable.
 

Comment remédier aux inégalités sur le long terme ?

Il y a beaucoup à faire car le chemin est encore long pour parvenir à l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes. Pour s’attaquer aux inégalités à la racine, Oxfam porte 3 demandes prioritaires.

D’abord, il est essentiel de revaloriser les rémunérations dans les métiers à prédominance féminine, notamment les métiers du soin ou « care » (la santé, l’aide à la personne, le travail social, la propreté, l’éducation) qui sont très mal rémunérés et recourent souvent abusivement aux contrats précaires. Cela passe notamment par un encadrement strict du recours au temps partiel.  

Ensuite, il faut allonger significativement le congé paternité pour favoriser l’autonomie économique des femmes et lutter contre les stéréotypes de genre au travail. Le congé paternité devrait être allongé à 28 jours à compter du 1er juillet 2021, mais avec seulement 7 jours obligatoires, la France reste très loin du peloton de tête au sein de l’Union Européenne, derrière l’Espagne, la Finlande ou le Portugal. 

Enfin, la formation, la protection sociale et la garde d’enfants doivent être toujours soutenus pour accompagner les femmes vers l’emploi. On estime par exemple qu’il manque entre 270 000 et 400 000 places en crèches en France.
 

Une mesure rapide ?

Instaurer la parité dans les instances de décisions, y compris les comités exécutifs, et des postes d’encadrement dans les entreprises dans les grandes entreprises. La loi Copé-Zimmermann, adoptée il y a 10 ans, impose 40 % de quotas de femmes dans les conseils d'administration. Pourquoi ne pas élargir le principe aux autres instances de direction ? Lutter contre le « plafond de verre » est un des leviers majeurs à actionner pour parvenir à l'égalité professionnelle réelle entre les femmes et les hommes.

Pour en savoir plus : 
Oxfam France : https://www.oxfamfrance.org/inegalites-et-justice-fiscale/comprendre-et-combattre-inegalites-femmes-hommes/
 

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