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Transport & logistique : locomotive de l’emploi intérimaire

Post-crise, le secteur du transport et de la logistique s’ouvre à de nombreux postes intérimaires, et à des pistes de transformation essentielles pour doper son attractivité auprès des salariés et des demandeurs d’emploi.

Publié le  10/09/2021

Le travail intérimaire ne sera pas sorti indemne de la crise sanitaire, ébranlant de façon synchrone et inédite l'industrie, les services et la distribution, avec près de 50 000 emplois en équivalent temps plein (ETP) détruits sur 2 ans. « Si l’on remonte à 2020, le secteur aura perdu plus de 20 % en termes de volume d’emploi », résume Isabelle Eynaud-Chevalier, Déléguée Générale de Prism’emploi, qui fédère aujourd’hui plus de 600 entreprises de recrutement et d'intérim sur le territoire.

En cette période de reprise, l’optimisme est toutefois de mise : au regard du baromètre de mai 2021 vs mai 2019, le transport et la logistique ont remis de l’huile dans le moteur, compensant partiellement les indices défavorables enregistrés dans d’autres secteurs. 

« Sur cette période, le volume d’emploi global accuse une baisse de 3,5 %, un score relativement honorable porté par une hausse de 18,5 % dans les transports et la logistique, nous révèle en exclusivité l’organisation professionnelle. Un contraste saisissant avec le commerce (-3,7 %), l’industrie, qui se redresse doucement (-7,1 %), ou encore le BTP (- 13,4 %), qui était pourtant le premier secteur à revenir dans la course en 2020. 
 

Une source d’opportunités pour les entreprises   

Malgré une réalité disparate selon les sous-secteurs, le dynamisme du transport et de la logistique semble en partie lié aux périodes de déconfinement et de regains de consommation, tels que les fêtes de fin d’année 2020 ou encore le Black Friday, observe Isabelle Eynaud-Chevalier, pour qui les bons indicateurs d’avril/mai confirment cette analyse : « Durant toute cette période, le e-commerce s’est résolument ancré dans les habitudes des Français, soutenues post-covid d’un point de vue conjoncturel ».

Un revers de médaille pour le commerce physique, mais qui a su profiter, sous forme de phénomènes extrêmement contrastés, à des bassins régionaux de transport/logistique historiques tels que les Hauts-de-France et le Centre-Val de Loire (avec des volumes d’emplois intérimaires respectivement en baisse 3,8 % et 3,9 % en cumul de janvier à mai 2021 vs la même période en 2019). Sur le seul mois de mai, ces deux régions renouent avec la croissance : +1,3 pour les hauts de France et +0,6 pour Centre-Val de Loire. L’Ile-de-France, le Grand-Est, la Bourgogne Franche Comté ou encore l’Occitanie se relèvent plus difficilement, à l’instar de la Normandie et de la Bretagne.

Si le transport routier a été largement mobilisé pour la livraison des denrées alimentaires et des produits pharmaceutiques au plus fort de la crise, l’activité aura elle-aussi été impactée à grande échelle mais de façon inégale : selon la Fédération nationale du Transport routier (FNTR), les poids lourds du secteur auront maintenu le cap par rapport aux TPE, sur un marché accusant toutefois « une perte globale de chiffre d’affaires et de surcoûts à absorber ».
 

L'emploi intérimaire en mai 2021 : cinq régions en hausse

 

L’offre a besoin de bras 

Si le travail temporaire reprend des couleurs sur le pôle transport/logistique, la demande s’avère quant à elle plus timide, rapporte Prism’emploi, rappelant que les métiers de cadres et professions intermédiaires et d’ouvriers non qualifiés font partie des emplois les plus résistants au contexte sanitaire, les fonctions d’ouvriers qualifiés et d’employés ayant connu un décrochage plus manifeste. « Pour l’heure, nous subissons de plein fouet le manque de personnel, confirme Jean-Philippe Hesschentier, président de l’agence francilienne Transport Logistique Intérim, qui subodore une migration possible des ressources vers le BTP. Si une base fidèle plébiscite toujours l’emploi intérimaire pour sa flexibilité, d’autres personnes cherchent plus de stabilité. Le transport routier, exigeant en termes de rythme de travail, soulève peut-être aussi en parallèle une crise des vocations. »

Constat partagé chez Prism’emploi, qui impute également cette pénurie aux vastes plans sociaux survenus dans le transport ces dernières années : « Crise du recrutement faisant, la période actuelle est pour autant redevenue propice à l’emploi, le travail temporaire en étant un vrai levier. Les entreprises misant en masse sur ce vecteur, il représente un vrai sésame pour travailler dans ces secteurs, un moyen de tester ses aspirations et ses compétences, et un accès vers l’emploi durable ». Côté entreprises, l’externalisation RH cumule aussi les avantages, vers plus de souplesse, de prise de risque limitée, et de mobilisation rapide d’un savoir-faire. 
 

L’intérim, un tremplin pour l’emploi

Pour consolider cet enjeu, la responsable de l’organisation professionnelle évoque l’accent mis sur la sécurisation des parcours, la formation (avec un taux de 2,67 % dédié à la formation professionnelle continue), mais également divers projets comme ceux portés par le récent partenariat avec Pôle emploi (voir encadré). « Le CDI Intérimaire, qui représente aujourd’hui l’équivalent de 6,8 % de l’emploi intérimaire global (49 887 ETP en mai 2021), a augmenté de 11 % sur un an, porté par une promotion active de nos agences. En croissance depuis son déploiement en 2015, il permet d’éviter des récurrences dans les emplois courts d’une même personne, souvent au sein d’une même entreprise utilisatrice, mais aussi de soutenir ses projets personnels et professionnels. » 

Démontrant sa capacité de résilience, le marché de l’intérim se retrousse aujourd’hui les manches, soucieux de rebondir et d’accroître l’attractivité de ses secteurs. « Dans la logistique, l’innovation technologique et l’automatisation des métiers y contribueront », conclut Isabelle Eynaud-Chevalier : « Comme à son habitude, l’emploi intérimaire suivra la courbe de transformation des emplois, en tendant vers davantage de postes d’encadrement que de manutentionnaires, mais également vers la féminisation des métiers. Une impulsion qui doit venir des agences et des entreprises, qui ont compris qu’elles devaient s’adapter à un contexte conjoncturel et économique changeant. » Selon Xerfi, pour qui l’intérim devrait jouer un rôle clé dans le retour à la croissance des entreprises, le recrutement digital participera également de sa transformation, accompagné par l’essor des plateformes de recrutement. L’analyste estime ainsi à 10 % la digitalisation du marché de l’intérim d’ici 2025. 
 

En savoir plus : 

Baromètre mai 2021
Prism’emploi 
 

Prism’emploi et Pôle emploi coopèrent en faveur des salariés intérimaires et des demandeurs d’emploi 

 

Signé en mai dernier, l’organisation professionnelle et Pôle emploi ont signé un accord cadre national d’une durée de 3 ans, pour mobiliser conjointement leurs ressources et leurs expertises, améliorer le retour à l’emploi des demandeurs d’emploi et des salariés intérimaires et répondre aux besoins en recrutement des entreprises. Le partenariat s’articule autour de 4 enjeux : 

  • Développer les relations entre les réseaux de Pôle emploi et de la branche du travail temporaire et du recrutement pour contribuer à une meilleure connaissance de leurs offres de services respectives ;
  • Agir pour faciliter et fluidifier le sourcing de candidats grâce au partage des pratiques d’évaluations de candidats et à un meilleur accès de la banque de profils ;
  • Agir sur les offres d’emploi difficiles à pourvoir, notamment par la co-organisation d’actions sur les métiers pour lesquels des besoins en recrutement sont identifiés. Sera lancée, entre autres innovations, l’expérimentation d’un dispositif de parrainage d’un demandeur d’emploi par un salarié intérimaire pour faire découvrir les métiers en tension ;
  • Favoriser les reconversions des demandeurs d’emploi, notamment en élaborant des stratégies permettant aux futurs intérimaires demandeurs d’emploi de développer de nouvelles compétences plus adaptées aux besoins du marché du travail.

Chaque année, près de 2,5 millions de personnes sont employées par des entreprises de travail temporaire. 
 

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