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Industrie pharmaceutique : une énergie moteur pour l’emploi

En pleine transformation, la filière diversifie ses leviers de recrutement pour répondre au besoin en emplois de ses entreprises, notamment dans le digital et les biotechnologies. Concrétisé par la première Semaine des métiers de l’industrie pharmaceutique, le nouveau partenariat entre le syndicat des entreprises du médicament (LEEM) et Pôle emploi tourne les projecteurs sur une filière encore trop méconnue. Lumière sur ses opportunités avec Arnaud Chouteau, directeur emploi formation au LEEM.

Publié le  04/10/2022

Que représente l’industrie pharmaceutique aujourd’hui en France ?

 

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Arnaud Chouteau : L’industrie pharmaceutique recense aujourd’hui plus de 103 000 emplois sur tout le territoire, soit près de 150 métiers répartis entre les activités production, qualité, R&D, marketing/commercialisation, fonctions support, information médicale et réglementaire.

Loin de s’adresser uniquement à des scientifiques, le secteur est riche d’une grande diversité de profils : du chercheur à l’opérateur de production, en passant par les métiers de bio-informaticien, conducteur de ligne de fabrication, data scientist, pharmacovigilance, webmaster…, sans oublier les métiers de la comptabilité, l’administratif, la finance, la communication ou la promotion du médicament. 

 

Le LEEM relaie aujourd’hui de nombreuses opportunités d’emploi. Qu’est-ce qui explique cette demande ?

A. C. : Alors que de nombreux secteurs étaient à l’arrêt pendant la pandémie, les entreprises du médicament ont démontré leur rôle essentiel pour garantir le traitement quotidien des patients, apporter des réponses, continuer à innover face aux enjeux sanitaires et participer à la sortie de crise avec la production de vaccins.

Agissant comme un révélateur pour beaucoup de gens, d’institutions et de politiques sur leur capacité de recherche, de production et de distribution, cette période a entraîné nombre de décisions visant à redynamiser et relocaliser le tissu de production en France et en Europe.

Un élément qui explique la croissance continue du secteur ces trois dernières années, le fort besoin en emploi et de jeunes talents. Toutes familles de métiers et contrats confondus, l’industrie pharmaceutique recrute entre 10 000 et 14 000 personnes chaque année, sur des métiers en forte évolution liée à la transformation du secteur, la prévention des épidémies, les besoins de santé d’une population vieillissante ou encore l’intégration des technologies. 

 

Quels sont les métiers particulièrement en tension ?

A. C. : L’industrie manque notamment de conducteurs de ligne de production (opérationnels liés à la fabrication des médicaments) ou encore de contrôleurs qualité. Mais également de chargés de recherche, de pharmaco-vigilants (profils scientifiques, doctorants, pharmaciens…), et de techniciens en bio-production (fabrication de médicaments biologiques), un domaine où le besoin s’intensifie.

On estime aujourd’hui à 10 000, le nombre de postes à pourvoir à l’horizon 2030 dans les biotechnologies, à mesure que s’accroissent les traitements biologiques commercialisés par les laboratoires pharmaceutiques et le besoin en vaccins.

Les compétences digitales, que tout le monde s’arrache, font partie de nos grands besoins : plus de 5 000 postes sont à pourvoir d’ici à 2026 dans les métiers du numérique en santé afin de répondre aux enjeux en matière d’intelligence artificielle, de simulation numérique, de big data ou de cybersécurité.

 

Quelles sont les problématiques de recrutement du secteur, notamment auprès des jeunes ?

A. C. : L’industrie pharmaceutique pâtit d’un déficit de connaissances et d’attractivité. Beaucoup pensent encore qu’elle se résume à des laborantins en blouse blanche qui font de la R&D, qui fort heureusement existent, mais le secteur réunit bien d’autres disciplines.

Trop souvent, les personnes qui ont toutes les compétences pour postuler chez nous n’y pensent ou ne le font pas, persuadées que cette industrie n’est pas pour elles…, alors que le secteur recrute toutes typologies de profils. Au LEEM, nous avons coutume de dire « du bac au bac +12 », et c’est une réalité.

Cette mauvaise compréhension, notamment des jeunes, est d’ailleurs valable pour le monde de l’industrie en général, qui souffre d’une image éculée du travail à la chaîne, bien loin de la modernité de nos systèmes de production. Il nous faut casser ces préjugés. 

 

Quels critères et avantages mettez-vous en avant au sein du LEEM pour attirer les talents ?

A. C. : L’argument qui ressort beaucoup, et en particulier chez les jeunes qui choisissent notre filière, c’est la fierté d’agir pour la santé, soigner, améliorer la vie des patients. Il y a un vrai sens et une finalité à travailler dans cette industrie. L’autre raison, ce sont les possibilités de carrière et d’évolution autour de nos 150 métiers et les passerelles qui existent entre eux.

Un fait notable à l’heure où les nouvelles générations ne souhaitent plus nécessairement faire le même métier tout au long de leur vie. Enfin, il faut savoir que les conditions de travail et le niveau de salaire dans cette industrie sont plutôt favorables, voire supérieurs, aux autres secteurs industriels, ou encore que le rapport salarial femme/homme est quasi à l’équilibre.

 

Faut-il ouvrir les coulisses des entreprises pour les faire connaître ?

A. C. : La sensibilisation à nos métiers commence dès le collège et le lycée, car contrairement à ceux de boulanger, fleuriste ou charcutier, ils ne sont pas visibles instantanément. Difficilement accessibles au grand public, nos systèmes de production exigent en effet le respect de protocoles stricts (systèmes de filtration de l’air, bonnes pratiques de fabrication, habillement spécifique…).

Parce que plus le champ de métiers d’une industrie est vaste, plus il est compliqué d’en connaître l’intégralité…, nous inaugurons la première Semaine des métiers l’industrie pharmaceutique en collaboration avec Pôle emploi et ses partenaires, du 3 au 8 octobre 2022, afin qu’étudiants, candidats et demandeurs d’emploi se projettent concrètement sur nos activités.

Nous avons également conçu des vidéos en réalité virtuelle et organisé des rencontres entre jeunes et professionnels sur les salons et dans les écoles. 

 

Consulter l’agenda des événements de la Semaine des métiers de l’industrie pharmaceutique ici

 

Comment la formation, adaptée aux évolutions du secteur, peut-elle dynamiser l’emploi ?

A. C. : Sur le digital, une des spécificités de notre industrie, est que nous avons œuvré à la création d’un diplôme en intelligence artificielle avec une spécialité santé. Nous sommes également l’une des rares industries à disposer d’un comité université-industrie qui se réunit quatre fois par an pour évoquer les évolutions des métiers du médicament et leur impact sur les diplômes et filières qui peuvent être créés.

Nous sommes donc très proches de notre écosystème de formation afin d’adapter les cursus aux besoins des entreprises. Tout ce travail a abouti, en direction des jeunes, à un bond édifiant de l’alternance : de 1 600 contrats conclus en 2015, nous sommes passés à plus de 8 900 contrats en 2021. 

 

Sensibiliser les jeunes passe-t-il par de nouveaux leviers de recrutement ?

A. C. : Outre le développement de l’alternance, un mouvement de fond qui a encouragé la création d’un véritable vivier de jeunes talents, nous allons booster la connaissance du secteur et diversifier les recrutements à travers des actions ciblant les quartiers prioritaires de la ville (QPV) et les zones de revitalisation rurale (ZRR).

Objectif : briser le plafond de verre qui peut bloquer certains candidats, et sortir d’une image trop élitiste. L’industrie s’ouvre aujourd’hui à d’autres profils, diplômés ou non, qui ne nous perçoivent pas comme un débouché possible.

Les entreprises ont répondu présent sur des événements phare, organisés avec l’Éducation nationale mais également Pôle emploi, l’Apec, Nos quartiers ont du talent ou encore Mozaïk RH pour sensibiliser les jeunes en décrochage à la découverte de nos métiers. 

 

Quelle est l’ambition du partenariat conclu entre le LEEM et Pôle emploi, et notamment de la Semaine des métiers l’industrie pharmaceutique organisée du 3 au 8 octobre ?

A. C. : La première est de nourrir et pérenniser la dynamique de coopération opérationnelle entre le LEEM et Pôle emploi, la déployer sur tout le territoire et agir pour satisfaire les besoins des entreprises et notamment de nos 270 adhérents. Cette collaboration permettra de communiquer conjointement sur nos métiers afin de soutenir les recrutements, améliorer la situation des demandeurs d’emploi, pousser les offres de l’industrie pharmaceutique à l’échelle nationale, développer les méthodes de recrutement par simulation et doper la formation complémentaire via notamment les POE collectives et mises en situations professionnelles (PMSMP).

Concrétisé par cette semaine thématique, ce partenariat inclut l’organisation de plus de 50 événements, le partage d’informations, mais aussi des échanges entre les équipes handicap de Pôle Emploi et Handiem pour favoriser l’intégration de talents en situation de handicap, et tisser de nouveaux liens pour faciliter le recrutement de jeunes issus des QPV. 

 

2 questions à Virginie Coppens Ménager, directrice régionale de Pôle emploi Centre-Val de Loire

 

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Quel est le moteur de ce nouveau partenariat avec le LEEM ?

Virginie Coppens Ménager : Avec une population mondiale qui augmente et vieillit et des besoins constants en solutions médicales renforcés par la pandémie de Covid-19, l’industrie pharmaceutique connaît une croissance significative et donc de nouvelles perspectives. Et qui dit croissance, dit recrutements !

Au vu de l’attractivité et des besoins identifiés de la filière, Pôle emploi et le LEEM ont décidé de renforcer leur collaboration à travers la signature d’une convention.

Celle-ci s’articule autour de deux principaux engagements : améliorer l’information des demandeurs d’emploi et leur connaissance de l’industrie pharma, des métiers et des opportunités d’emploi dans les entreprises du médicament mais également répondre aux besoins du secteur au bénéfice du placement des demandeurs d’emploi. 

 

« Nous serons tous et partout mobilisés »


Quels sont les engagements de Pôle emploi dans cette démarche ?

V. C. M. : Pourvoyeuse de nombreuses opportunités pour les demandeurs d’emploi, l’industrie pharmaceutique mérite d’être valorisée pour attirer de nouveaux talents. C’est pour cette raison que Pôle emploi et le LEEM s’associent pour promouvoir les métiers et les formations du secteur et répondre aux enjeux de recrutement.

À l’instar des semaines nationales portées par Pôle emploi pour accompagner des secteurs en tension, cette édition permet de co-construire avec les entreprises plus de 50 événements. Plusieurs salons sont prévus, des entreprises ouvrent leurs portes – partout sur le territoire – pour faire découvrir leurs métiers, des organismes de formation font connaître leur offre et les plateaux techniques. Nous serons tous et partout mobilisés pour permettre aux entreprises de rencontrer leurs futurs talents !

 

L’industrie pharmaceutique en chiffres


103 230 salariés (3,3 % de l’emploi industriel en France)

271 sites de production, dont 32 sites de bioproduction

Principaux bassins d’emploi du secteur : Île-de-France, Auvergne Rhône Alpes, Centre-Val de Loire, Normandie.

12 000 recrutements en moyenne par an 

+ de 5 000 postes dans le numérique en santé d’ici à 2026

+ de 10 000 postes dans les biotechnologies d’ici à 2030

95 % de taux d’insertion des alternants dans les industries de la santé et leur écosystème.


Semaine des métiers de l’industrie pharmaceutique : 

  • 3 grands forums emplois à Lyon, Paris et Clermont-Ferrand
  • 50 événements partout en France
  • Près de 2 000 participants attendus 

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