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La formation des demandeurs d’emploi, pour répondre aux tensions de recrutement … et bien plus

Nommée en 2020 à la tête du Haut-commissariat aux compétences, Carine Seiler nous présente l’apport du plan d’investissement dans les compétences pour répondre aux enjeux d’accès à l’emploi.

Publié le  05/10/2021

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Pour quelles raisons le plan de réduction des tensions de recrutement annoncé par le premier ministre le 27 septembre, donne-t-il un rôle central à la formation, notamment la formation des demandeurs d’emploi ?

La France a battu tous les records d’embauche au deuxième trimestre 2021 : 2,2 millions d’embauches, dont près de la moitié en CDI. Un niveau jamais atteint depuis 15 ans. Le niveau d’emploi est désormais supérieur à ce qu’il était en 2019, et par conséquent, contrairement aux crises précédentes, le niveau de chômage a retrouvé son niveau d’avant la crise. Cette dynamique de l’économie nous impose de répondre aux besoins de recrutement d’une ampleur inédite. Dans ce moment si crucial pour notre économie, l’investissement dans les compétences est une réponse forte aux besoins des actifs dans leur phase de transition et aux besoins d’une économie dont les exigences et les compétences recherchées ne cessent d’évoluer dans un contexte de compétition mondiale. 

Pour y répondre, le gouvernement a fait le choix d’un plan de 1,4Md€ qui concerne l’ensemble des actifs, pour développer les compétences des salariés et accompagner les reconversions (600M€), pour former des demandeurs d’emploi vers les besoins immédiats des entreprises (560M€) et inciter les entreprises à recruter un demandeur d’emploi de longue durée en contrat de professionnalisation à travers une aide à l’embauche (240 M€). 

Sur le volet de la formation des demandeurs d’emploi, le gouvernement confirme la priorité donnée depuis le début du quinquennat à l’investissement dans les compétences. En effet, le Plan d’investissement dans les compétences (PIC), doté de 15 Md€, donne des résultats concrets : plus de 9 bénéficiaires sur 10 vont au bout de leur formation, et 6 sur 10 accèdent à l’emploi dans les 6 mois qui suivent la formation. L’accès à la formation représente ainsi un levier efficace dans le retour à l’emploi les personnes exclues du marché du travail. L’enjeu du plan de réduction des tensions de recrutement annoncé le 27 septembre dernier, amplifie cet effort, en le tournant vers des réponses ciblées sur les besoins de recrutement, en partant des besoins des entreprises, le plus souvent possible en situation de travail. 
 

Quelles sont les priorités de ce plan supplémentaire d’investissement dans les compétences ?

Le Plan va permettre d’amplifier les programmes qui partent des besoins des entreprises et qui privilégient les approches sur mesure : des actions de « réentrainement » de demandeurs d’emploi ayant déjà exercé dans le secteur mais ayant besoin de se réapproprier les gestes métiers, des actions de formations préalables au recrutement, des actions de formation construites sur mesure pour des entreprises qui ne trouvent pas de compétences, des formations en situation de travail ou de remise en activité.

Le Plan mobilise évidemment Pôle emploi, dont c’est le cœur d’intervention, à travers les actions préalables au recrutement, en cohérence avec le choix de privilégier les formations assorties de promesses d’embauche, parce que ces dernières présentent un très fort taux de retour à l’emploi (près de 85%). Le plan permettra ainsi de financer 15.000 POEI / AFPR supplémentaires, soit au total 100.000 POEI et AFPR par an.

En complément, Pôle emploi va déployer des actions très ciblées vers les demandeurs d’emploi de longue durée. D’une part, tous les demandeurs d’emploi de longue durée vont être recontactés d’ici la fin d’année. D’autre part, le plan permet d’augmenter et d’adapter les prestations, destinées aux demandeurs d’emploi de longue durée, pour préparer l’entrée en formation ou dans l’emploi : appui à la construction du projet professionnel, évaluation des compétences en entreprise, réentrainement au savoir-être professionnel, pour ceux qui n’ont pas travaillé depuis longtemps … A travers 35.000 prestations supplémentaires, l’objectif est de permettre aux demandeurs d’emploi, éloignés depuis longtemps de tout environnement de travail, de reprendre confiance et aussi de sécuriser l’entreprise sur la capacité de ces personnes à occuper le poste qu’elle leur propose. Enfin, pour les demandeurs d’emploi de très longue durée, un parcours de remobilisation sera également proposé, comportant notamment des immersions en entreprise et des prestations ciblées sur les problématiques de santé. 

Pour déployer le Plan de réduction des tensions, nous allons aussi, bien entendu, mobiliser les Régions, dans le cadre d’avenants aux Pactes régionaux d’investissement dans les compétences, afin qu’elles amplifient les actions construites sur mesure avec les entreprises qu’elles ont déjà largement initié pour répondre aux besoins de recrutement identifiés sur leur territoire. L’objectif est ainsi de réaliser 50 000 formations supplémentaires.

A travers cet effort supplémentaire, il s’agit de poursuivre l’objectif infatigable de satisfaire tous les besoins de recrutements dans les métiers en tension, par des formations ciblées, pour aboutir à une logique « Pas d’offre d’emploi sur le territoire sans réponse adaptée », en partenariat avec les branches professionnelles et Pôle emploi et de développer la formation en situation de travail. 

Une priorité sera également donnée à la formation des demandeurs d’emploi de longue durée à l’emploi, à travers des actions de remise en dynamique professionnelle (qui sécurisent l’employeur sur leur capacité d’intégration dans un univers professionnel), dans une approche de parcours intégrés.

C’est d’ailleurs un enjeu clé du plan que d’apporter aux demandeurs d’emploi de longue durée une réponse individualisée, personnalisée selon leur situation, dans le cadre des « parcours sans couture » que le Plan d’investissement a promu. C’est ainsi que les actions de remise en dynamique professionnelle permettront aux demandeurs d’emploi d’accéder plus facilement à l’offre de formation existante, et in fine de trouver un emploi sur les métiers en tension sur leur territoire.
 

Cette approche territoriale que vous évoquez est-elle récente, uniquement en réponse à un besoin conjoncturel ?

L’approche territoriale est constitutive du plan d’investissement dans les compétences lui-même, à travers les Pactes régionaux qui permettent d’adapter les actions aux besoins de chaque région.

Elle l’est aussi dans sa capacité à prendre en compte les besoins des résidents des quartiers prioritaires de la politique de la ville (ou des zones rurales à revitaliser) où le chômage atteint des niveaux insoutenables. Le PIC permet de financer plus de 300 000 parcours de formation et d’accompagnement vers l’emploi pour les habitants de ces quartiers les plus défavorisés. 

Elle l’est enfin à travers les appels à projets qui permet, par un déploiement local au plus près du terrain, de ramener à la formation et l’emploi les demandeurs d’emploi en rupture avec les institutions. Pour ce faire, il encourage des pratiques innovantes, dont les territoires fragiles (QPV, ZRR) sont, pour une fois, les premiers bénéficiaires. Les projets « 100% inclusion » ont permis jusqu’à présent de remobiliser plus de 15000 personnes, en leur redonnant l’envie de se former, d’accéder à l’emploi, (avec un taux de sortie positive de 65%). 
 

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