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« Avant de rêver professionnellement, il faut savoir de quoi on est capable ! »

À vingt ans, Marie n’a jamais vraiment eu la chance d’étudier. C’est lorsqu’elle commence à sortir avec le brillant Alexandre qu’elle ressent une forme d’infériorité culturelle… A la faveur de déboires judiciaires, Marie accepte l’offre d’un juge peu causant : lui servir quelques mois de chauffeur particulier. Elle découvre un monde qu’elle ne connaissait pas auparavant… et s’autorise enfin à rêver ! Il s’agit du sixième roman de l’écrivaine et dramaturge Murielle Magellan, lauréat du Prix coup de coeur 2020 de Pôle emploi. Elle a accepté de répondre aux questions de la rédaction.

Publié le  20/11/2020

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Pourquoi avez-vous écrit cette histoire ?

Il y a toujours une raison intime qui nous pousse à écrire. C’est tellement de travail, tellement d’investissement ! Pour moi, j’en ai identifié deux. Mes parents sont d’abord issus d’un milieu très populaire. Ils ont été héroïques en laissant leurs enfants les dépasser culturellement, en les poussant à être plus aboutis dans leur vie professionnelle. Pour moi, c’est un exploit. Ensuite, lorsque j’ai quitté le Sud pour m’installer à Paris, je n’avais pas les codes, ni les références. De ce fait, je me sentais régulièrement disqualifiée. Il a fallu du temps pour que je comprenne ces codes, pour m’intégrer. Cette trace-là est toujours vivace en moi. Dans le livre, j’ai choisi l’exemple de François Truffaut, parce qu’il est symbolique de l’artiste à la fois reconnu par les milieux très culturels, et accessible à ceux qui n’ont pas les codes : il n’est pas excluant, c’est un cinéaste qui inclut. 
 

Votre livre porte le thème de la tension entre rêve et réalité professionnels. Pensez-vous qu’on puisse changer le cours de sa vie ?

Oui, je pense qu’on peut changer le cours de sa vie. Mon héroïne, Marie, au début du roman, on ne peut pas dire qu’elle ait un rêve. Elle est plutôt inconsciente de son potentiel, Puis, elle rencontre le Juge, et elle se rend compte de ce qu’elle peut accomplir.

Avant de rêver professionnellement, il faut savoir de quoi on est capable ! C’est cet éveil-là qui est à mes yeux le plus important. Des déterminismes sociaux entrent bien sûr en jeu. Marie est issue d’un milieu qui ne lui donne pas accès à ce rêve. Mais il est possible de lutter contre ces déterminismes. Le problème des milieux culturels, c’est qu’ils ont des a-priori. Ils éliminent parfois l’autre parce qu’il n’a pas les codes, qu’il ne possède pas les bonnes références. Cette tendance est symbolisée dans mon roman par le personnage d’Alexandre, qui éprouve du mépris pour Marie parce qu’elle ne connaît pas François Truffaut.

Mais si on ouvre la voie à l’autre, qu’on lui indique quels codes lui seront utiles pour se diriger vers son rêve, alors cela peut changer le cours des choses.

Comment combattre ces déterminismes, s’en affranchir pour s’accomplir ?

Il y a bien sûr des obstacles, réels, posés à des gens qui viennent d’un milieu social non-favorisé. Mais ils peuvent être contournés. La philosophe Barbara Cassin dit qu’il n’y a pas de limites au possible. J’ai envie de la rejoindre dans cette phrase un peu utopique.

Cet éveil aux codes peut passer par une rencontre. Marie, par exemple, rencontre ce juge un peu taciturne. Ce n’est pas une bonne rencontre, mais Marie apprend de lui par imprégnation, en restant longtemps à ses côtés. Parfois, on peut apprendre par le conflit. Les incidents de nos vies sont aussi des moyens de grandir.

Bien sûr, c’est compliqué, c’est fragile, mais c’est possible, tout le temps. Et on reçoit rarement des applaudissements quand on a réussi à s’accomplir. Mais c’est possible, et c’est ça qui est bien !

Un conseiller Pôle emploi peut-il être, dans la vraie vie, l’une de ces “rencontres” ?

Dans mon roman, un chapitre, Marie se rend chez Pôle emploi. Elle y trouve un employé dévoué, très motivé à l’aider ! C’est bien sûr l’un des maillons de la chaîne.

Je crois beaucoup à l’aspect précieux des conseillers Pôle emploi même si, je pense, cela doit être épuisant de ne pas réussir à déclencher ce déclic, cet éveil, chez toutes les personnes qu’ils accompagnent. C’est pour cette raison que je suis très heureuse d’avoir reçu ce prix. J’en ai été surprise, car je ne savais même pas que j’étais en compétition (rires). Mais finalement, je trouve que c’est assez logique !

Changer le sens des rivières, Murielle Magellan, Editions Julliard.
 

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