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Questions à Carine Seiler, Haut-Commissaire aux Compétences

Pour quelles raisons, un plan d'investissement dans les compétences était-il nécessaire ? Comment le plan d'investissement dans les compétences participe-t-il à moderniser les compétences, à transformer l'offre de formation ?

Publié le  24/09/2021

Pour quelles raisons, un plan d’investissement dans les compétences était-il nécessaire ?

300x210_carine_seiler.jpg  Carine Seiler, Haut-Commissaire aux Compétences

À travers le PACTE/Plan d’investissement dans les compétences, voulu par le Président de la République, il s’agit de changer de registre en matière d’investissement dans le capital humain, de répondre aux besoins de nos entreprises tout en corrigeant les inégalités de destin, à travers un effort de formation inédit, par son ampleur et son caractère pluriannuel, à destination des actifs privés d’emploi. Grâce à sa dimension pluriannuelle, qui sort des logiques de stop & go, le PACTE/Plan d’investissement dans les compétences garantit un effort soutenu et durable en faveur des plus éloignés de l’emploi et permet de répondre aux besoins de compétences de l’économie, dans un contexte de forte transformation des métiers, liée notamment à la transition numérique et à la conversion écologique. 
Pour répondre à ces enjeux très forts, il affiche une ambition tout aussi forte : former 2 millions de jeunes et de demandeurs d’emploi peu ou pas qualifiés supplémentaires sur 5 ans et transformer les parcours de formation. Car, pour réussir ce défi, il est essentiel de rendre la formation à la fois plus accessible, moins scolaire, plus « moderne », plus ancrée aussi avec la réalité de l’exercice d’un métier et avec les entreprises. Le Plan d’investissement soutient donc l’émergence de modalités pédagogiques innovantes, faisant appel à la réalité virtuelle ou immersive, aux sciences cognitives, à la formation en situation de travail… Il soutient aussi, à travers des appels à projets, plusieurs centaines d’innovations et d’expérimentations en matière de parcours, de la remobilisation jusqu’à l’accès à l’emploi, qui sont déployées au plus près des réalités de terrain par plus de 1 500 acteurs regroupés dans des consortiums. 
Post crise sanitaire, cet investissement dans les compétences prend une résonnance particulière en permettant aux actifs privés d’emploi de se projeter dans l’avenir, dans un monde devenu incertain, de se (ré)orienter vers de nouveaux horizons professionnels, vers des métiers porteurs (alors que certaines activités ont été fortement impactées) et, pour ceux qui en ont besoin, d’acquérir les clés essentielles à l’insertion (usage du numérique, capacité à communiquer, à s’adapter aux changements…). Du point de vue collectif, il permet de faire pivoter les compétences des actifs privés d’emploi vers les secteurs clés pour l’économie et de répondre aux difficultés de recrutement – ponctuelles ou plus structurelles – que connaissent de très nombreuses entreprises depuis le printemps en raison du redémarrage de l’économie. 

La priorité donnée aux personnes peu ou pas qualifiées, les plus fragilisés, aux jeunes qui ont rencontré ces derniers mois des difficultés d’insertion, reste un marqueur fort du PACTE/Plan d’investissement dans les compétences afin d’enrayer les risques de multi-exclusion que la crise du Covid a révélés


Les premiers résultats sont là. Le bilan à mi-parcours du Plan d’investissement l’illustre nettement. 
Malgré la crise sanitaire, ce sont ainsi un million de parcours de formation qui ont été financés par l’État entre 2018 et 2020. Grâce au financement additionnel, plus d’un million de personnes en recherche d’emploi se forment désormais chaque année en France, contre 600 000 en moyenne avant le Plan. 
La priorisation de l’effort vers les publics les plus vulnérables produit aussi ses premiers effets : leur accès à la formation s’est en effet renforcé depuis 2018. Parallèlement, pour favoriser une insertion plus durable dans l’emploi, la priorité donnée aux formations certifiantes se traduit dans les faits, avec une priorisation renforcée post crise vers les filières d’avenir. L’insertion dans l’emploi à l’issue des formations est elle-aussi au rendez-vous puisque 57,6 % des personnes formées trouvent un emploi dans les 6 mois qui suivent la formation.
Compétentes en matière de formation des personnes en recherche d’emploi, les Régions sont pleinement mobilisées depuis 2018. Ces résultats sont aussi les leurs : ils ont été permis par les Pactes régionaux d’investissement dans les compétences conclus entre l’État et les Régions, et entre l’État et Pôle emploi en Auvergne-Rhône-Alpes et en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Selon vous, comment le plan d’investissement dans les compétences participe-t-il à moderniser les compétences, à transformer l’offre de formation ?

Cette dimension de la transformation de l’offre de formation est essentielle. En effet, les mutations technologiques et numériques à l’œuvre modifient profondément la nature même du travail en le complexifiant et les métiers exercés dans les entreprises font appel à de nouvelles compétences, dont un certain nombre sont fortement transversales, qu'elles soient liées à la transition numérique, à la transition écologique ou aux aptitudes comportementales dans le monde de l'entreprise. Cela rend nécessaire une adaptation en continu des parcours certifiants que suivent les demandeurs d'emploi. Les Pactes régionaux s’inscrivent tous dans cette logique d’évolution des programmes de formation pour mieux prendre en compte les besoins des entreprises, à court et moyen terme, à travers la création de nouveaux modules associés aux parcours de formation certifiants pour prendre en compte les nouveaux besoins des entreprises non prévus dans les référentiels de certification. À travers cette logique de « modules additionnels », il s’agit de faire évoluer de manière constante (dont avec davantage de réactivité), des formations pour répondre aux besoins de l’économie.  

En complément (et même en amont de ces démarches), le déploiement d’outils partagés de diagnostics des besoins de compétences est essentiel.


Nous conduisons actuellement plusieurs initiatives pour enrichir la palette d’outils permettant d’extraire de façon rapide et automatisée des données sur la production de compétences par la formation initiale et continue et de la corréler aux besoins en compétences des entreprises. Ces outils, conçus dans une approche de patrimoine commun, permettront de faciliter la construction de Plans d’actions opérationnels dans un temps contraint.
Enfin, avec la crise sanitaire, l’urgence d’agir pour accélérer la transformation et de la digitalisation de la formation est apparue plus clairement que jamais. Le développement de l’usage des outils à distance en formation a révélé pendant la crise de (nouvelles ?) fractures, mais ouvre aussi des potentialités nouvelles. L’hybridation de la formation, c’est-à-dire l’association d’une pluralité de méthodes pédagogiques d’acquisition des compétences, en présentiel ou à distance, en mobilisant la réalité virtuelle ou immersive, en centre de formation ou en situation de travail, est porteuse de nombreuses opportunités. La plus grande intégration des technologies digitales et immersives à la formation est aussi de nature à renforcer l’attractivité des formations, en contribuant à démystifier l’apprentissage pour ceux qui se sentent le plus éloignés d’approches trop académiques et en facilitant l’entrainement aux gestes professionnels et les mises en situation professionnelle. 
Pour toutes ces raisons, nous avons décidé de lancer un vaste plan de transformation de la formation. Doté d’un budget de 300 millions d’euros, il a concerté avec les partenaires sociaux, les Régions, les représentants des organismes de formation, les principaux ministères certificateurs, les opérateurs de l’État qui interviennent dans le champ de la formation, ainsi que de nombreux experts. À travers ce Plan, il s’agit d’impulser une dynamique de transformation pérenne en soutenant des projets qui proposent des pédagogies renouvelées dans leurs approches et en testant, à partir de pilotes, la mise à disposition de contenus digitaux qui mobilisent notamment la réalité virtuelle pour acquérir un geste professionnel. 
De façon complémentaire, nous souhaitons placer les tiers-lieux au cœur de cette dynamique de transformation, pour permettre aux stagiaires d’accéder plus facilement aux outils de formation en ligne, à proximité de leur lieu de vie, mais aussi pour les partages d’expériences. C’est finalement l’accès de tous les organismes de formation et des CFA à une offre d’accompagnement à l’hybridation des formations qui est visée car, au-delà de l’acquisition de contenus –nécessaire mais non suffisante – c'est la transformation de la pédagogie elle-même qu'il nous faut inventer.

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