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Aline Le Guluche, marraine des Journées Nationales de Lutte contre l’Illettrisme 2021 de Pôle emploi Normandie

Engagé tout au long de l’année aux côtés de l’Agence Nationale de Lutte contre l’Illettrisme (ANLCI) pour mieux accompagner les personnes en situation d’illettrisme, Pôle emploi Normandie s’associe, pour la 5e année consécutive, aux JNAI. Du 6 au 12 septembre 2021, l’ensemble des agences se mobilisent autour de 70 actions sur l’ensemble du territoire normand parrainées par Aline Le Guluche, figure active de la lutte contre l’illettrisme.

Publié le  02/09/2021

Pôle emploi Normandie : Pour ceux et celles qui ne vous connaîtraient pas encore, qui êtes-vous ?

Aline Le Guluche : Je suis ambassadrice du programme « Write Her future », porte-parole de la lutte contre l’illettrisme en France et auteure du livre « j’ai appris à lire à 50 ans » mais surtout, je suis une ancienne « illettrée ».

En France, 51% des personnes en situation d’illettrisme sont en emploi. Depuis vos 16 ans, vous avez toujours travaillé sans maîtriser les bases de la lecture et de l’écriture. Comment avez-vous fait pour réussir à cacher votre situation ?

Etre illettré, c’est être limité dans l’écriture, la lecture et les calculs, ce n’est pas être à zéro comme l’analphabétisme. C’est là toute la différence entre illettrisme et analphabétisme. C’est un handicap qui ne nous permet pas de nous investir dans tout ce qui va nous mettre en danger. Dans le travail, je me suis toujours cantonnée à des postes manuels. Parfois, il a tout de même fallu que je « lise », plutôt que je déchiffre. C’était un challenge pour moi mais au fur et à mesure des années on progresse, j’ai une bonne mémoire photographique alors j’avais en mémoire un bon nombre de mots. Je vivais dans l’angoisse de me tromper mais je savais contourner cette tâche.
Pour écrire c’est encore une autre histoire, cela m’était impossible car je savais que personne ne saurait me lire. J’ai donc appris à écrire en abréviation mais on ne va pas loin…

Quel a été l’élément déclencheur qui vous a mené à solliciter votre service RH de l’hôpital dans lequel vous exerciez depuis des années pour vous former aux savoirs de base ?

Je savais qu’acquérir les bases de la lecture, de l’écriture, des mathématiques me permettrait d’améliorer ma vie quotidienne. De plus, en vieillissant, les tâches physiques commençaient à être difficiles. Je savais que j’avais beaucoup de capacités par mes expériences professionnelles mais pas moyen d’avoir une progression, une évolution dans mon travail. Si on ne sait pas remplir un document, prendre des notes, on ne peut pas évoluer dans sa carrière.  Je voulais progresser puisque j’étais tout à fait capable de le faire mais le problème c’est que je n’avais pas les compétences.
J’ai fait plusieurs fois la demande de formation à mon service RH et cela a toujours été refusé ! J’avais fait remplir mon dossier de demande par ma fille…évidemment, tout était compréhensible, bien écrit et sans faute. Comme je cachais toujours bien les choses et  je ne m’engageais pas sur des terrains compliqués, mon employeur ne comprenait pas ma démarche. 
Il a fallu que je pousse la porte, que je me dévoile et que j’en parle. C’est pour ça qu’aujourd’hui, j’en parle. Pour que les personnes dans la même situation que moi n’aient pas peur d’en parler et de se faire aider.

« J’ai décidé d’écrire mon livre, de partager mon histoire pour montrer que rien n’est impossible, qu’on peut avoir de l’aide grâce à des outils, des associations, à Pôle emploi. »
Aline Le Guluche

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C’est un honneur pour Pôle emploi Normandie de vous avoir comme marraine des Journées Nationale de Lutte contre l’Illettrisme, qu’est-ce qui vous a motivé à vous engager à nos côtés ?

J’ai souvent rencontré les collaborateurs de Pôle emploi sur des actions avec l’ANLCI (Agence Nationale de Lutte Contre l’Illettrisme). Je sais l’investissement de Pôle emploi Normandie dans cette cause, non seulement lors des JNAI avec une action dans chaque agence, mais aussi tous les jours auprès des publics les plus fragiles et notamment ceux ne maîtrisant pas les savoirs de base.
Par mon parrainage, je souhaite mettre en avant l’aide que vous apportez.
Je suis très honorée d’être la marraine de Pôle emploi Normandie et « Bravo » pour le beau programme que vous proposez pendant cette semaine.

Pour vous, comment Pôle emploi et ses partenaires peuvent agir pour mieux accompagner les personnes en situation d’illettrisme ?

La grande difficulté est la détection d’une situation d’illettrisme car les personnes concernées ont du mal à l’avouer. Il faut continuer d’en parler, faire accepter le handicap pour pouvoir les aider et les diriger vers les centres de formation, comme vous le faites très bien.
Le fait de retourner « à l’école » ça m’a libérée, ça m’a fait un bien incroyable. Lire, écrire, compter, comprendre un texte apporte de la confiance en soi, cela permet de se réinventer de reprendre la vie où elle aurait dû commencer.

Avez-vous des conseils à apporter aux recruteurs ?

Il faut faire des tests de détection. J’avais imaginé lors de mon emploi à l’hôpital, de proposer des tests de détection, dans la une section bien-être au travail. L’idée était de réaliser des exercices de compréhension sans jugement. Cela ne s’est pas concrétisé du fait de la crise sanitaire. 

Vous êtes la preuve que les personnes en situation d’illettrisme peuvent travailler, cela ne doit pas être un frein pour les recruteurs ?

Les personnes en situation d’illettrisme qui en parlent ouvertement aux recruteurs sont encore plus motivées que d’autres candidats avec toutes les compétences car c’est un honneur de travailler, c’est valorisant.

Quel message souhaitez-vous donner aux personnes en situation d’illettrisme et à leurs accompagnants ?

Il faut être courageux pour dévoiler les choses, demander de l’aide. Parler m’a permis de surmonter une partie de ma vie. Aujourd’hui, je lis, j’écris, je comprends, je prends mes propres décisions…ça c’est la vraie liberté ! Je peux m’orienter vers un métier que j’ai choisi, qui me plaît.

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