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Comment construire des parcours de formation inclusifs ?

Le Pacte régional d’investissement dans les compétences (PRIC) est un programme ambitieux qui va permettre de former 80 000 personnes éloignées de l’emploi et de niveau inférieur au bac, entre 2019 et 2022. Au-delà des moyens supplémentaires alloués à la formation des demandeurs d’emploi, l’enjeu est aussi qualitatif. Revue de détails à mi-parcours avec Marie-Laure Rallet, responsable du service Politique d’intervention à la Direction régionale de Pôle emploi Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Publié le  02/02/2021

Qui sont les publics concernés par le PRIC ? Pourquoi accèdent-ils traditionnellement peu à la formation ?

Le PRIC s’adresse aux personnes les plus éloignées de l’emploi, dont le niveau d’études est inférieur au bac et qui sont parfois en situation de précarité ou d’isolement. 

Parfois, ces personnes cumulent des difficultés diverses et variées qui les empêchent d’entamer une formation. Elles n’osent pas l’évoquer avec leur conseiller Pôle emploi parce que souvent, elles pensent qu’elles n’auront pas les capacités pour suivre une formation, et ce d’autant plus si elles ont été en échec scolaire par le passé. L’accès à la formation peut être vécu comme un parcours du combattant pour certaines personnes. 

Quels sont les différents dispositifs de formation mobilisables dans le cadre du PRIC ? 

Le premier est un dispositif de formation collective que Pôle emploi achète dans le cadre d’un marché, et qui répond prioritairement à des besoins en compétences structurels, c’est-à-dire récurrents, de certains secteurs. Par exemple, chaque année, nous avons besoin de chauffeur-livreur dans le transport ou bien de magasinier dans le domaine de la logistique. 

Il existe aussi des dispositifs d’adaptation au poste de travail et là c’est plutôt si un candidat est retenu sur un poste et que ses compétences ne sont pas en complète adéquation avec celles requises. Il peut être formé sur les compétences qui lui manquent pour pouvoir correspondre complètement aux besoins de l’entreprise.

Enfin, le dernier dispositif, c’est un dispositif d’aide individuelle à la formation qui nous permet de répondre à des besoins particuliers de développement des compétences des demandeurs d’emploi sur des champs que l’on ne trouve pas dans l’offre de formation dite « de droit commun », et notamment dans les marchés collectifs. Par exemple,  diagnostiqueur immobilier ou couturier avec la technique du flou, ce ne sont pas des formations que nous achetons en nombre, mais on peut former dans ces domaines grâce aux aides individuelles à la formation. 
 

Qui sont les autres financeurs de la formation professionnelle en région ? 

Les conseillers Pôle emploi peuvent mobiliser l’offre de formation des autres financeurs que sont le Conseil régional et les opérateurs de compétences, les OPCO. Nous travaillons avec ces deux financeurs pour construire une  offre de formation diverse et complémentaire en région. Il existe aussi un partenariat unique avec le Conseil régional, puisqu’il nous délégue une partie de ses fonds pour des achats de formation qui viennent en complémentarité de leurs propres achats dans leur marché sur les filières stratégiques
 

Qu’est-ce que le Pacte régional d’investissement dans les compétences a changé dans la formation des demandeurs d’emploi ? 

Au-delà de l’enjeu quantitatif, il y a vraiment un enjeu qualitatif. L’idée est de former plus, mais aussi de former autrement et de former mieux. Aujourd’hui on peut proposer des formations qui sont beaucoup plus longues puisque l’on va majoritairement proposer des formations qualifiantes ou diplômantes. 

On va aussi proposer des parcours sans coutures qui vont combiner ou enchainer plusieurs formations ou modules complémentaires pour atteindre l’objectif professionnel de la personne. C’est en ça que le PRIC est très important.

Marie-Laure Rallet
responsable du service Politique d’intervention à la Direction régionale de Pôle emploi Provence-Alpes-Côte d’Azur

Pourquoi cette notion de parcours est-elle majeure pour les personnes qui font face à des freins périphériques ? En quoi les parcours permettent-ils de lever ces freins ? 

Ces personnes sont déjà éloignées de l’emploi mais bien souvent, malheureusement, elles cumulent d’autres problématiques qui les empêchent aussi d’accéder à une formation ou un emploi direct. Elles peuvent être liées à la santé, à la mobilité, à la garde d’enfants ou à l’hébergement. Il faut d’abord pouvoir régler ces problématiques pour leur permettre d’accéder à une formation ou à un emploi. 

Nous n’envisageons plus la formation au sens strict, mais comme un ensemble de prestations qui vont justement permettre de travailler sur ces problématiques connexes. Par exemple, en amont, le demandeur d’emploi va pouvoir accéder à un véritable parcours, avec une remise à niveau et un accompagnement personnalisé pour éviter les ruptures ou les abandons fréquents chez ce type de public. 

Autre évolution liée au PRIC, c’est la mise en place d’un marché spécifique qui permet de proposer aux personnes très éloignées de l’emploi un parcours pour travailler son projet professionnel, se remobiliser et si besoin acquérir le socle de connaissances et de compétences de base préalable à l’accès à une formation qualifiante ou diplômante. 

C’est une première étape indispensable qui permet aussi de les remettre dans une certaine dynamique. Le parcours qui va être proposé va être hyper-individualisé, il va vraiment s’adapter au rythme de la personne. Si celle-ci a un problème de garde d’enfants et si au départ elle ne peut se mobiliser que qu’une journée par semaine, ce n’est pas bloquant. Peut-être qu’au fil des mois, elle va pouvoir se mobiliser deux jours puis trois jours. Le parcours de formation va donc évoluer en fonction de la résolution de ces problématiques.

On essaye vraiment d’enlever un certain nombre de difficultés au demandeur d’emploi pour qu’il se focalise sur le parcours de formation et son projet professionnel.

Marie-Laure Rallet
Responsable du service Politique d’intervention à la Direction régionale de Pôle emploi Provence-Alpes-Côte d’Azur

Quand ce marché a-t-il démarré et combien de stagiaires ont pu en bénéficier ? 

Ce marché devait démarrer en mars 2020. Avec la crise sanitaire, nous avons dû décaler son démarrage : comme ces formations s’adressaient à des publics éloignés, on a estimé qu’il n’était pas pertinent de le faire démarrer à distance, même si certaines séquences peuvent être mises en place ensuite en distanciel si les personnes sont en capacité de suivre avec ce type de modalité. 

On a donc démarré en juillet et 2 000 personnes en ont déjà bénéficié. Les premiers retours sont vraiment très positifs. 
 

Eviter les ruptures de parcours, c’est indispensable. Quels sont les apports du PRIC sur ce volet ? 

Le PRIC a permis de mettre en place des prestations pendant la formation mais aussi autour de la formation. Par exemple, en amont de la formation, il y a un dispositif qui s’appelle « Prépa-compétences », qui permet de sécuriser le parcours de formation et qui identifie le parcours de formation ad-hoc pour que la personne puisse mener à bien son projet professionnel.

A l’inverse, en aval, bien souvent les personnes sont en difficulté quand elles sont dans des entretiens d’embauche, elles ne savent pas se valoriser, parler de leurs compétences. Il existe une prestation mise en place également dans le cadre du PRIC qui s’appelle « valoriser son image » qui va travailler sur les compétences, sur les savoir-être qui sont très importants et sont très demandés par les entreprises. Souvent, les recruteurs nous disent que les demandeurs d’emploi ou les personnes rencontrées dans le cadre d’un recrutement ne maitrisent pas ces savoir-être et c’est un vrai sujet. 
 

Quelles sont les perspectives pour le PRIC en 2021 ? 

En 2021, la logique d’individualisation des parcours va s’intensifier. L’idée aussi, c’est d’adapter les formations aux besoins des entreprises. On rencontre les entreprises, les fédérations, les branches, le plus souvent possible, pour travailler le contenu des formations et le faire évoluer en réponse à leurs besoins, tant sur le fond que sur la forme. 
 

Quelles conséquences ont les moyens engagés par l’Etat dans le plan de relance, sur le Pacte régional d’investissement dans les compétences ? 

Un PRIC additionnel va nous permettre de réfléchir comment construire des parcours de formation adapté aux jeunes, à leurs problématiques, et notamment en cherchant à développer des modalités pédagogiques plus innovantes, plus en adéquation avec ce que les jeunes peuvent rechercher. Peut-être sont-ils réfractaires au standard scolaire, et donc il faut vraiment chercher des choses innovantes pour les attirer et les mobiliser sur la formation.

Là aussi, un challenge pour Pôle emploi, pour le Conseil régional qui partage ce PRIC additionnel.  

Cette interview est la retranscription d’une table ronde organisée en région Provence-Alpes-Côte d'Azur dans le cadre du « Webinaire : Le pacte régional d’investissement dans les compétences, bilans et perspectives ».

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