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Emploi numérique : comment Pôle emploi accompagne la croissance des recrutements

Tous les témoignages de professionnels concordent : les recrutements dans le numérique explosent en Provence-Alpes-Côte d'Azur. Jusqu’ici réservés aux ingénieurs et bac+5, les postes dans le numérique sont maintenant pourvus par des profils plus divers. Une évolution permise par le travail que mènent de nombreux acteurs, dont Pôle emploi. Explications.

Publié le  18/02/2019

En Provence-Alpes-Côte d'Azur, des créations d’emplois numériques mais aussi une numérisation de l’emploi existant

Si le numérique est un secteur professionnel en soi, avec des métiers propres et parfois nouveaux (développeur web, consultant en référencement, community manager…), l’emploi numérique rassemble en réalité des profils plus larges. En effet, la numérisation progressive de l’économie engendre une numérisation des métiers déjà existants.

Une société de logiciel pour les professionnels de l’immobilier qui propose des services pour géolocaliser les informations a besoin de géographes, d’urbanistes etc. Des profils qu’ils vont former au numérique.

Ingrid Petit
Responsable de l’équipe entreprise de l'agence Pôle emploi Antibes

Au-delà de l’évolution des métiers existants, les professionnels de Pôle emploi qui travaillent sur la question constatent « une explosion des recrutements ». Mieux : d’après Ingrid Petit, il y a « plus de postes que de candidats » dans le domaine du numérique. Un chiffre suffit à démontrer cette croissance : cette agence Pôle emploi constate 60 % d’augmentation des offres d’emploi dans le numérique, en deux ans, sur le seul département des Alpes-Maritimes ! Parmi les métiers les plus recherchés, les trois postes suivants le sont particulièrement : développeur Java, analyste fonctionnel et développeur fullstack java script.

D’après l’observatoire régional des métiers Provence-Alpes-Côte d'Azur, l’emploi numérique  dans la région représentait, en avril 2017, 64 500 postes, dont 9 sur 10 étaient concentrés dans les départements du littoral avec une plus forte concentration dans les Bouches-du-Rhône (44 %) et les Alpes-Maritimes (33 %). Par ailleurs, l’observatoire constatait alors que l’emploi numérique est en « forte évolution », notamment pour les postes « cœurs de métiers », c’est-à-dire spécifiquement numériques. D’après d’At@ORM, un quart de ces emploi se situent dans le secteur « Activités informatiques et services d’information », surtout dans les entreprises de 50 à 199 salariés.

Un patient travail de conviction auprès des entreprises pour faire évoluer les recrutements

On le constate, l’emploi numérique augmente fortement. Une croissance qu’accompagne Pôle emploi, notamment en élargissant les profils qui peuvent prétendre à ces postes. Jusqu’ici en effet, les entreprises du numérique recrutaient plutôt le même type de profil : « pour l’instant les critères de recrutement sont à bac +5 / ingénieurs » explique Fabien Paravisini, chargé de projet à la direction territoriale Pôle emploi Alpes-Maritimes.

Un choix qui conduit à des offres d’emploi… non pourvues, alors que de nombreux demandeurs d’emploi cherchent un poste.

C’est pour faire évoluer cette situation qu’un patient travail de conviction des deux côtés : auprès des demandeurs d’emploi et auprès des entreprises. Pour les premiers, il s’agit de leur proposer des postes et les formations liées quand ils n’ont pas les compétences nécessaires.

Nous formons régulièrement des profils de demandeurs d’emploi qui n’ont pas forcément d’expérience mais quelques pré requis (filière et diplôme) admis par les entreprises pour les proposer au marché local.

Fabien Paravisini
Chargé de projet à la direction territoriale Pôle emploi Alpes-Maritimes

Côté entreprises, il s’agit de les convaincre d’embaucher des profils plus divers. Un travail qui nécessite de la patience : « Il faut faire bouger les lignes des entreprises pour les convaincre. C’est un travail de longue haleine. » De leur côté, Karine Michel, responsable de l’équipe entreprise et Agnès Coquillat, conseillère en charge du secteur informatique à l'agence marseillaise de Château-Gombert, confirment :  « les entreprises commencent à s’ouvrir à d’autres profils, à faire évoluer leur niveau d’exigence et à les former en cours de route. »

L’importance de la bonne connaissance du tissu économique local

À l’agence de Château-Gombert à Marseille, une entreprise dans le domaine de la sécurité informatique a récemment exprimé un besoin en recrutements. Pour que les demandeurs d’emploi locaux bénéficient de ces emplois, « Pôle emploi propose une formation sur la sécurité informatique, co-financée par les entreprises intéressées » expliquent Karine Michel et Agnes Coquillat. La formation en question est une « préparation opérationnelle collective à l’emploi » (POEC), un type de formation axé sur des métiers sur lesquels les entreprises ont des difficultés à recruter.

Pour cette formation, les conseillers repérent d’abord les demandeurs d’emploi aptes à suivre cette formation. Puis, une fois la formation achevée, leurs CV actualisés sont diffusés auprès des entreprises concernées. Enfin, des « job datings » sont organisés pour favoriser la rencontre entre entreprises et demandeurs d’emploi. La somme de toutes ces actions est payante.

Le taux de retour à l’emploi à l’emploi est de 80% environ suite à ce diptyque POEC / job dating.

Karine Michel et Agnès Coquillat
de l'agence Pôle emploi Marseille Château-Gombert

Si ce travail fonctionne, c’est surtout grâce à la bonne connaissance du tissu économique local qu’ont les conseillers de Pôle emploi. « Il faut une bonne connaissance des entreprises, du terrain local. C’est cette connaissance qui permet la réussite du dispositif. Les conseillers [de Pôle emploi] mènent un énorme travail pour cibler précisément qui [des demandeurs d’emploi] peut travailler où [dans quelles entreprises] » détaille Ingrid Petit.

Cette connaissance précise du tissu local est permise, entre autres, par les partenariats entre acteurs de l’emploi. Par exemple, la French Tech ou encore la fédération professionnelle Telecom Valley (qui représente 18 000 salariés du numérique dans la région) travaille depuis deux ans avec le service public de l’emploi. Ce travail est mené en particulier avec la commission « emploi et formation » de Telecom Valley, dont un des objectifs est de « faciliter le développement de l’emploi sur le territoire ». Pôle emploi y intervient notamment sur les thèmes de la formation professionnelle et du recrutement, en faisant intervenir salariés et DRH d’entreprises locales.

Les partenariats de Simplon, un réseau d’écoles du numérique ouvertes à tous

Simplon est « un réseau d’écoles qui propose des formations gratuites » aux métiers du numérique. Par définition une structure carrefour, Simplon mène de multiples partenariats. Par exemple, après trois années d'expérimentations réussies, la formation inclusive SIMPLonMARS devient Passerelle Numérique et s'installe durablement à Centrale Marseille, porteuse du projet. Objectif : « développer une formation innovante orientée vers les métiers du numérique et ouverte aux jeunes issus des quartiers prioritaires de Marseille. ». Labellisé "Grande École du Numérique", ce programme permet donc de favoriser le recrutement dans l’emploi numérique tout en diversifiant les profils recrutés.

Ici, le rôle de Pôle emploi est de faire connaître le dispositif auprès des demandeurs d’emploi, notamment des quartiers populaires.

Suite à cette session de formation, « on fait le bilan et on les accompagne pour leur reprise d’emploi par la suite, avec un conseiller dédié. » La suite se fait généralement en alternance, pour parfaire la formation initiale. Une première étape qui amène majoritairement à l’emploi durable (en CDI).

Pour en savoir plus concernant la diversité des métiers du numérique et la nécessité d’avoir un référentiel stable, France Stratégie et le CEREQ (centre d’études et de recherche sur les qualifications) ont récemment publié un premier référentiel

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