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« Les conseillers sont des relais très importants de repérage des personnes en situation d'illettrisme »

Initiées en 2014, les Journées nationales d'action contre l'illettrisme vont connaître leur septième édition, du 7 au 13 septembre prochains. Ces journées sont l'occasion d'attirer notre attention sur les problématiques rencontrées par les personnes en situation d'illettrisme. De quoi sortir des tabous et soutenir les 10% de demandeurs d'emploi concernés, via les nombreuses actions déployées, avec le concours des agences de Pôle emploi. Pour en savoir plus, nous avons posé quelques questions à Armelle Delample, chargée de mission au sein de l'Agence nationale de lutte contre l'illettrisme.

Publié le  07/09/2020

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Quelles formes prend la problématique de l'illettrisme ?

Aujourd'hui, il y a deux millions cinq cent mille personnes qui sont en situation d'illettrisme en France, soit 7% de la population âgée de 7 à 65 ans. Parmi eux, 60,5% sont des hommes, et près de la moitié vit en zone rurale ou faiblement peuplée. Il faut également préciser que lorsqu'on parle d'illettrisme, cela concerne les personnes qui ont été scolarisées en France, et qui pourtant ne maîtrisent pas les compétences de base. Donc ce sont des problématiques différentes de celles d'une personne qui doit apprendre la langue.

Pour une personne en situation d'illettrisme, la part psychologique de la formation est très importante, en termes de regain d'estime de soi et de valorisation. Car souvent, une personne dans cette situation cache sa difficulté, parce qu'elle a peur d'être stigmatisée. Si elle est en emploi, elle craint de le perdre, elle a aussi souvent peur de perdre la face vis-à-vis de sa famille. Et une véritable difficulté dans notre mission, c'est de repérer ces personnes. Et en cela, le lien avec Pôle emploi est important, puisque les conseillers sont des relais très importants de repérage des personnes en situation d'illettrisme.

 

Quelle est la situation des demandeurs d'emploi en matière d'illettrisme, et quelles actions sont mises en place en leur faveur ?

10% des demandeurs d'emploi sont en situation d'illettrisme, et 10% des personnes en situation d'illettrisme sont des demandeurs d'emploi. En 2009, nous avons créé un module permettant une sensibilisation au niveau national, auprès de 10 000 agents de Pôle emploi. Nous avons aussi collaboré à la création d'un module de formation qui est porté par les CRDC (centres régionaux de développement des compétences), pour former les conseillers sur l'illettrisme.

Sur notre site, il y a également un module en ligne de sensibilisation, qui est spécifiquement pour les conseillers CPF (Compte professionnel de formation), les conseillers Pôle emploi, et tous ceux qui sont en charge d'accueillir des personnes dans le cadre de l'emploi. Et pour fédérer, Pôle emploi participe au pilotage stratégique de l'agence, en étant également membre des comités de pilotage régionaux. C'est un partenaire très important de notre action.
 

En quoi consistent les Journées nationales d'action contre l'illettrisme ? Quels sont leurs objectifs, et quelles actions y sont menées, au niveau national et local ?

L'idée, c'est de mettre un coup de projecteur sur ce qu'est l'illettrisme et sur les solutions qui existent. Les personnes en situation d'illettrisme étant invisibles, il faut vraiment agir sur tous les fronts pour que ces personnes puissent oser en parler, pour trouver une solution, en sortir et devenir ainsi un peu plus autonomes dans la vie. Aujourd'hui, il y a déjà 80 actions, portées par Pôle emploi. La Normandie est, à ce titre, une région qui s'est très fortement mobilisée sur ces Journées depuis plusieurs années. La direction régionale a lancé un concours qui mobilise toutes les agences, avec une remise de trophée.

Donc tout le monde joue le jeu et s'inscrit dans la dynamique. Cette année, il y a même une action transversale de partage des pratiques entre la Normandie et Auvergne Rhône-Alpes. En Auvergne Rhône-Alpes, ils ont élaboré un jeu qui va être disponible sur l'intranet Pôle emploi, et qui va servir à mobiliser les conseillers. Il y aura aussi des projections de films, des conférences-débats, des présentations d'outils. C'est parfois aussi l'occasion pour un organisme de formation de venir présenter aux conseillers ce qu'ils font, comment ils s'y prennent, et cetera. 
 

Est-ce que si on est en situation d'illettrisme, on est aussi forcément en situation d'illectronisme (ndlr : on désigne par ce mot une partie de l'illettrisme, celle des compétences de base utiles à l'usage des outils numériques) ?

Pas forcément, parce qu'il y a des personnes qui ont su se saisir de l'outil numérique pour contourner les difficultés liées à l'illettrisme. Certains de ces outils facilitent la vie des personnes, je pense par exemple aux aides ménagères qui, plutôt que de remplir le cahier de liaison, vont laisser un message audio. Mais en même temps ce sont des outils qui sont en perpétuelle évolution, et une personne en situation d'illettrisme, par définition, a beaucoup de mal à s'adapter aux évolutions. L'illettrisme et l'illectronisme sont aujourd'hui un frein au retour à l'emploi.

Et l'illectronisme est aussi un frein à l'accès aux droits, puisqu’aujourd’hui, c'est en ligne que l'on s'inscrit à Pôle emploi. On parle d'illettrisme, ce qui en français fait naturellement référence à lire et écrire, mais derrière, c'est un ensemble de compétences de base qui va au-delà. Il y a aussi compter, s'orienter dans l'espace et dans le temps, il y a apprendre à apprendre. Et aujourd'hui, la compétence numérique de base est une compétence de base comme lire et écrire, il devient incontournable de maîtriser cela. D'ailleurs, le numérique peut être un bon levier de motivation.

Dans la discussion en face-à-face entre un conseiller et un demandeur d'emploi, reconnaître qu'on ne maîtrise pas le numérique, c'est peut-être plus facile et ça fait moins honte. La personne sera peut-être moins réticente car il y a souvent une image de retour à l'école, et c'est souvent un mauvais souvenir. Donc le numérique a aussi un côté positif.
 

Et sur le long terme, est-ce qu'il y a une évolution des chiffres relatifs à la problématique de l'illettrisme ? 

Entre les premiers chiffres que nous avions établis et ceux encore en cours, qui datent de 2012, il y avait déjà un recul. En 2004, il y avait 15% des demandeurs d'emploi qui étaient en situation d'illettrisme, aujourd'hui on est à 10%. Et aujourd'hui, on arrive petit à petit à parler plus facilement d'illettrisme et de solutions. Dans les modules de formation, nous travaillons l'argumentaire, car il faut expliquer que la formation professionnelle, ce n'est pas du tout l'école, afin que les personnes n'aient pas trop d'a priori à revenir dans une salle de formation.
 

Est-ce qu'il y a de nouvelles réponses que vous comptez apporter ?

Nous avons souvent un retour selon lequel les conseillers identifient bien les demandeurs d'emploi en situation d'illettrisme. Mais ils ont des difficultés de postures, c'est-à-dire qu'ils ne se sentent pas à l'aise pour dire à la personne : "je vois bien que vous ne savez pas lire". Nous devrions aller plus loin pour aider les conseillers à parler avec les personnes de leurs difficultés. Et il y a également un champ autour de l'accessibilité de tous les supports.  Quand on fait un effort de clarté sur ces aspects, tout le monde en bénéficie. Il y a plusieurs années maintenant, j'avais notamment participé à un groupe de travail pour simplifier l'ergonomie et la présentation du formulaire d'inscription en ligne. Il faut être attentif à ce que le message soit le plus clair possible, de façon à éviter les situations de non-recours.

Pour en savoir plus, le programme des JNAI : https://www.illettrisme-journees.fr/programme-2020/
 

Les missions de l'Agence nationale de lutte contre l'illettrisme

 

De la prévention auprès des enfants, pour faire en sorte que les difficultés ne s'installent pas, à la remédiation à la formation, pour aider les personnes en situation d'illettrisme à sortir de cette situation, l'Agence nationale de lutte contre l'illettrisme agit à plusieurs niveaux. Ses deux premières missions consistent à mesurer, en collaboration avec l'INSEE, et à créer des outils et des référentiels, en partie avec Pôle emploi, pour mieux repérer et prendre en charge l'illettrisme. Par exemple, un outil de test appelé "EVACOB", est en cours de développement pour évaluer les compétences des personnes. Le troisième axe d’action consiste à fédérer au niveau national à travers son assemblée générale, l'Agence nationale de lutte contre l'illettrisme étant un groupement d'intérêt public, dont fait partie Pôle emploi. 
 

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