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Secteur viticole : des métiers en pleine évolution

Le CIVB (Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux) représente les viticulteurs, les négociants et les caves coopératives de Bordeaux, et sa fameuse appellation. Ainsi, le CIVB regroupe 5 300 vignerons, et plus de 300 maisons de négoce, dans le vignoble de Bordeaux, le plus vaste de France en AOC.

Publié le  30/06/2022

Alors que de nombreux métiers du secteur connaissent des tensions en termes de recrutement, nous avons cherché à en savoir plus, auprès de Laura Esperandieu et Christophe Chateau, respectivement responsable RSE et directeur de la communication au sein du CIVB.
 



 

Quel est l’état du marché de l’emploi dans le secteur viticole aujourd’hui ?

Christophe Chateau : Nous sommes aujourd’hui confrontés à des besoins très forts, le recrutement de certains métiers est vraiment en tension, à l’instar de ce qui se passe dans la restauration ou le bâtiment. Certains métiers agricoles liés à la saisonnalité sont des sujets d’inquiétude, comme la récolte des fruits, pour laquelle nous avons du mal à trouver du personnel.

85 % du vignoble bordelais est désormais vendangé à la machine, mais le « verdissement » de nos métiers implique des besoins de main d’œuvre encore plus importants qu’avant. Concrètement, labourer est plus que désherber, cela prend plus de temps.

Et à partir du moment où l’on fait davantage attention aux doses de produits utilisés, il y a besoin de plus d’interventions humaines. Par exemple, quand on passe en agriculture bio, on a besoin de traiter plus vite et plus souvent : il faut donc plus de tracteurs et de tractoristes. Aujourd’hui, ce métier représente un fort enjeu de recrutement.

Le “verdissement” de nos métiers impliquent des besoins de main d’œuvre encore plus importants qu’avant.


Ce « verdissement » des métiers les fait-il évoluer ?

C. C. : Quand nous enquêtons auprès des jeunes pour savoir pourquoi ils ne s’orientent pas plus vers la viticulture, ils évoquent l’exposition aux intempéries, les difficultés physiques ou encore les pesticides. Nous essayons de lever ces craintes en leur expliquant que le métier devient de plus en plus éco-responsable.

Dans le domaine de la RSE et du développement durable, de nouveaux métiers qui n’existaient pas il y a vingt ans émergent, et plaisent aux jeunes générations ! Avec le virage environnemental de la filière, nous devrions réussir à attirer de nouveaux publics, intéressés par ces métiers dans lesquels ils pourront trouver du sens. Le cadre de vie peut également attirer ainsi que le fait de pouvoir vivre à la campagne.

 

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Laura Esperandieu : Notre but est de tisser du lien avec les personnes en recherche d’emploi, qu’elles soient jeunes ou moins jeunes, puisque la reconversion professionnelle fonctionne bien dans notre secteur.

Quelles sont les catégories de métiers qui se développent actuellement ?

C. C. : Nous constatons de belles dynamiques autour de l’œnotourisme, qui était faible il y a vingt ans et s’est beaucoup développé.

Des métiers liés aux sujets de la traçabilité et de l’environnement se développent également d’environnement, nombre de propriétés ont désormais des responsables « qualité » ou « traçabilité ». Et ce sont des professions qui font sens pour les candidats.

L. E. :  Et dans certaines maisons de négoce qui modernisent leur activité, on voit de nouveaux métiers logistiques apparaître, en lien avec la robotisation. Nous recherchons des profils qui programment, réparent et entretiennent des robots.

On peut aussi évoquer l’impact des nouvelles technologies, à travers l’exemple d’un négociant qui travaille avec une cave coopérative, sur des systèmes de traçabilité de type blockchain.

À l’inverse, certains métiers peuvent-ils être amenés à disparaître à cause de ces nouvelles technologies ?

L. E. : Pas vraiment, car aucun robot ne peut remplacer le savoir-faire. Prenons l’exemple des tracteurs : aujourd’hui ils disposent de fonctions de géolocalisation, ils savent exactement quel pied n’est pas bien aligné, ce qu’il faut traiter ou pas.

Néanmoins, il faut toujours quelqu’un pour le conduire, qui doit être en mesure de faire ressortir le tracteur de l’ornière s’il s’embourbe, par exemple. De la même manière, le suivi des maladies par drone ne remplace pas l’œil du vigneron, qui sait les repérer avant qu’elles ne soient visibles par drone.

« Aucun robot ne peut remplacer le savoir-faire. »


Fin mars, avec Pôle emploi et l’ANEFA*, vous avez organisé la troisième édition de la Quinzaine des métiers de la vigne et du vin. Quel bilan tirez-vous de cet événement ?

L. E. : Nous sommes partenaires de cet événement depuis le début. Lors de cette dernière édition, nous avons participé à une rencontre avec les chefs d’entreprise, dont l’objectif était de mettre en lumière tout le travail réalisé par les partenaires sociaux et ceux de la filière, sur les nouvelles techniques de recrutement. Il y a par exemple des escape games ou des recrutements par simulation.

Dans ce contexte de tension dans les recrutements, le but était aussi de rappeler aux employeurs que le mouton à cinq pattes n’existe pas. Il s’agit d’appréhender le recrutement d’une autre manière, c’est une tendance actuellement très marquante dans la filière. On l’observe beaucoup dans le négoce, où de telles méthodes sont développées, notamment avec le concours de l’IFRIA (réseau de formation au service de la filière agroalimentaire).

Prenons l’exemple du métier de tractoriste : nous avons présenté cette profession à des demandeurs d’emploi et ils se sont montrés très intéressés par ce métier dont ils n’avaient jamais entendu parler. D’autant que, dans un contexte de carence de candidats, ce métier est désormais très bien payé ! Les futurs recrutés seront formés et pourront devenir des éléments importants de l’entreprise.

En matière de sourcing des candidats, existe-t-il des innovations visant à attirer et fidéliser les candidats ?

L. E. : L’organisme Cap Métiers a développé des projets dont nous sommes partenaires, notamment des escape games et des films à 360°, avec des lunettes de réalité virtuelle. Et après deux années durant lesquelles il était compliqué de se rassembler, nous travaillons également à la réalisation d’un « Cap métiers tour ». L’idée est d’aller installer, au cœur des propriétés viticoles, une sorte de festival des métiers de la vigne et du vin, et d’y faire venir tous les collégiens et lycéens du coin.

Est-ce que d’autres démarches visent à rapprocher les demandeurs d’emploi de ces métiers en tension ?

C. C. : Tout à fait. Dans le Médoc, le taux de chômage est important, et souvent nos entreprises ont du mal à recruter. De nombreuses initiatives existent : le programme des « Vignerons du Vivant » avec les Apprentis d’Auteuil, ou encore « l’École de La Vigne et du Vin », en partenariat avec Pôle emploi, qui fédèrent plusieurs domaines pour proposer une formation inédite. Ces dispositifs accueillent des jeunes ou des moins jeunes en difficulté, inactifs professionnellement ou en reconversion.

Nous leur permettons de suivre une formation diplômante, et à la fin des 18 mois de formation (dont 15 en alternance), 80 % de la promotion se voit proposer un CDD ou un CDI. Ce sont de très beaux exemples de démarches qui permettent de lutter contre deux problématiques de la région : un taux de chômage important et un manque de main d’œuvre dans nos entreprises. C’est une stratégie qui fonctionne bien, et qui concerne différentes activités : la taille, le relevage ou encore la conduite de tracteurs.

* ANEFA : Association nationale pour l’Emploi et la Formation en Agriculture

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