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« On veut valoriser les femmes autrement »

Solenn Thomas a créé l'association Eklore, pour fédérer les personnes en quête de sens au travail. Le 8 mars prochain, l'association organise l'événement « Debout Citoyennes », afin d'envisager le changement, à travers le regard des femmes. Rencontre.

Publié le  06/03/2020

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Qu'est-ce qui vous a amené à créer Eklore, et quelle est son organisation, dans les grandes lignes ?

SolennThomas : Ce qui m'a amené à créer Eklore, c'est que je fais du recrutement de cadres dirigeants de haut potentiel dans un cabinet de chasseurs de tête. Et j'observe qu'il y a un manque de sens, à la fois individuellement et collectivement, dans le monde du travail. Burn-out, envies de changement, problèmes de management, bullshit jobs, etc. Donc je me suis demandé ce que je pouvais faire de là où j'étais.

J'ai créé Eklore en 2015, c'est une association loi 1901 organisée de manière assez classique, avec un bureau de quatre personnes, et puis tout un collectif de bénévoles qui accompagnent le mouvement. Eklore, au départ, organisait des ateliers pour des personnes en quête de sens dans le monde du travail, et aujourd'hui, c'est devenu un mouvement culturel pour mettre du sens humaniste au travail, et plus largement dans la société.

 

Quelles ont été vos actions ?

Nous avons organisé des ateliers pour des personnes en transition, dans des locaux associatifs, et c'était ouvert à toute personne en transition ou en quête de sens au travail. Aujourd'hui, nos actions sont essentiellement culturelles, à travers plus de 300 événements organisés ces dernières années. Ca va de l'atelier de dix personnes sur "construire son identité numérique", jusqu'à des cabarets, des festivals, des temps beaucoup plus collectifs et larges. On est aussi très présents sur les réseaux sociaux, c'est de la propagation numérique pour inviter les personnes à s'exprimer avec authenticité.

Et de plus en plus, on va dans les entreprises et les écoles créer des expériences pour apporter plus de sens aux personnes qui se questionnent. Au départ, c'était très centré sur le développement personnel, et aujourd'hui c'est plutôt la relation entre le développement personnel et la contribution au sens collectif. Nous avons des réflexions sur les entreprises à mission, l'engagement sociétal, comment on s'épanouit avec le bénévolat aussi. De nombreuses personnes ne trouvent pas de sens dans leur travail salarial, mais vont en trouver à côté dans une activité associative, par exemple. 

Quels ont été les grands événements que vous avez organisés ?

Le premier c'était à la Villette, on était partenaires avec Pôle emploi, avec qui on a fait un POC, "proof of concept" (ndlr: une expérimentation) en 2016. C'était autour des talents atypiques, pour les accompagner afin qu’ils retrouvent du sens dans leur emploi. Il tournait autour des potentialités multiples notamment. Un deuxième événement d'ampleur était en partenariat avec le MEDEF, à l'Hôtel de ville de Paris, en 2018. Cela portait sur les défis humanistes des managers. On est toujours dans le monde du travail, avec la question du sens donné aux équipes.

Et là, le troisième événement d'ampleur, c'est "Debout citoyennes" au Zénith, autour des femmes actrices de la transformation du monde du travail et de la société. Il y avait eu une première édition dans un théâtre parisien, et comme ça s'est bien passé, nous passons à la taille supérieure.

Et par rapport aux femmes, il y a la prise de conscience que les femmes ne sont pas juste victimes, à gagner moins, à gérer plus de pression, vie de famille/vie au travail. On voit souvent les femmes sous cet angle là. Nous, notre angle est un peu différent, il consiste à dire que les femmes ont un rôle spécifique dans le monde du travail et dans la société, et on veut rendre hommage à ce rôle singulier des femmes, qui incarnent plus la transformation, qui portent plus de changement.

On veut valoriser les femmes autrement. On voit par exemple que 70% des jobs autour de la transformation sont exercés par des femmes. On dit qu'il y a moins de femmes dirigeantes, effectivement elles représentent 15% des dirigeants, mais dans les entreprises à mission telles que l'ESS, plus de 65% des dirigeants sont des femmes.

 

Quels seront les temps forts du programme ?

Il y aura dix-huit partages de femmes, soit des témoignages inspirants, un peu des TedX à la française. C'est globalement une performance artistique, et non un colloque. L'enjeu est de faire vivre une expérience de transformation pour donner envie aux personnes, demain. Montrer comment on transforme le monde du travail en changeant notre représentation du travail. On n'est pas au travail seulement pour gagner notre vie et partir en vacances après, on est au travail pour œuvrer. Notre événement porte sur la transformation de la société, c'est comprendre le monde qui change à travers le regard des femmes. On aura une patronne d'un groupe du CAC 40, et des femmes très diverses.

 

Quels sont les objectifs de l'événement, à plus long terme ?

Un jour, on aimerait bien qu'Eklore fasse voter le revenu citoyen, autrement dit pouvoir donner un revenu à des personnes qui œuvrent dans la société de manière bénévole, qui ont un vrai impact sociétal, mais qui n'ont pas de « business model » associé. Mais c'est avant tout un événement pour vivre une expérience tous ensemble sur la possibilité de changer notre regard, de changer le logiciel intérieur. C'est Einstein qui disait : « on ne résout pas des problèmes sans changer le niveau de conscience qui a engendré ces problèmes ». Donc on doit aller sur un autre niveau logique, qui est celui non pas des compétences mais des talents. 

 

En tant que recruteuse, quel constat faites-vous sur la place des femmes dans le monde du travail ?

Le constat que je fais, c'est que les femmes accèdent moins à des postes de responsabilité, parce que le pouvoir est exercé de manière masculine. Donc mon propos, c'est de dire que je vais recruter des femmes à des postes clé, parce qu'elles vont pouvoir imprimer un autre style de leadership. Mais ce n'est pas tant de dire "les femmes elles sont différentes", que l'observation que des instances mixtes sont plus performantes, plus innovantes, plus audacieuses, parce qu'elles libèrent l'intelligence émotionnelle, elles vont chercher plus d'authenticité.

Ce n'est pas de dire que les femmes managent mieux, parce que c'est faux. En revanche, on observe que la mixité permet plus de performance et d'innovations, notamment de rupture. C'est comme une équipe de rugby, plus vous avez de talents différents, plus l'équipe est performante, à condition de savoir jouer ensemble. 

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